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Il n'y aurait pas eu de France sans les chefs et les soldats qui ont gagné les journées de Bouvines, de Denain et de Valmy.

Car la gloire ne se fait pas seulement avec des succès. Le courage déployé dans la défaite, l'obstination contre la fortune, la ténacité des soldats improvisés contre les. Louis XIV dut la paix en , non pas à la seute victoire de Denain, mais au respect qu'éprouvait l'Europe coalisée pour les soldats battus à Malplaquet et à Ramillies. Napoléon ne fut jamais plus grand que dans la désastreuse campagne de Le livre de M.

Malo s'ouvre par Bouvines et se ferme sur les batailles de , dont une des plus typiques est Champigny. Dans la première, Philippe Auguste arrêtait l'empereur d'Allemagne au seuil de la France; dans la seconde, le général Ducrot essayait vainement de rompre l'investissement de Paris.

Bouvines est un plateau étroitement circonscrit entre des fonds marécageux et une forêt jadis très épaisse. Les deux armées s'y heurtèrent de front, par toute leur masse, avec une obstination de béliers luttant tête contre tête. Champigny est une vaste plaine, traversée par la Marne qui forme en se repliant une large boucle, et bordée par une longue ligne de hauteurs.

De Bouvines à Champigny, sept siècles ont profondément modifié les conditions de la guerre. A Bouwines, le combat corps à corps était encore la règle;. Ici deux énormes masses d'hommes se cherchaient, s'évitaient, 1, et rusaient l'une avec l'autre sans arriver à se déloger mutuellement de leurs positions. Là, deux petits corps s'abordaient franchement et la journée ne finissait que par la fuite du vaincu. A Bouvines, on ne se battait guère qu'à l'arme blanche alors la reine des batailles, et les armes de jet, presque aussi élémentaires qu'aux premiers jours du monde, jouaient un rôle tout secondaire.

Il fallait des circonstances exceptionnelles pour que les archers, comme à Crécy, eussent une part importante dans le résultat. La force physique, depuis le roi jusqu'au dernier de ses soldats, la qualité des armes offensives et défensives, la supériorité du cavalier sur le fantassin et du noble sur le vilain pesaient d'un poids décisif dans la balance. A Champigny, le canon et le fusil ne laissaient à la baïonnette qu'une action épisodique; la discipline et la cohésion étaient tout; le rôle de la cavalerie fut à peu près nul.

Il est aussi méritoire de rester immobile sous le feu et de recevoir au poste fixé la mort venue de loin, que de se jeter sur l'ennemi et de choisir son adversaire pour un combat corps à corps. Même, il arrive encore, dans les guerres contemporaines, que chefs et soldats aient à se battre comme les chevaliers du moyen âge.

A Bouvines, le roi Philippe Auguste et l'empereur Othon coururent les. Tandis que les barons français chargeaient les piquiers allemands, qui avaient percé jusqu'au roi, celui-ci était renversé de cheval par une pique à crochet et il était perdu s'il eût été possible de faire passer une pointe de dague entre les joints de son armure. Pendant ce temps, les chevaliers français atteignaient l'empereur d'Allemagne et l'un d'eux lui déchargeait sur la tête un si furieux coup de masse d'armes, qu'il l'eût étendu mort, si le cheval de l'empereur, en se cabrant, n'eût préservé son maître et reçu le coup.

A Champigny, le général Ducrot enlevait ses troupes sur le plateau de Villiers, chargeait à leur tête avec son état-major et brisait son épée dans la poitrine d'un fantassin saxon.

Entre Bouvines et Champigny, la guerre suit une marche régulière et rapide vers la complication et le calcul. Elle impose au général des qualités d'esprit de plus en plus nombreuses; elle demande au soldat, comme vertus principales, l'obéissance passive, l'abnégation et la ténacité. Un siècle et demi après Bouvines, à Crécy, les Anglais doivent là. La force morale retrouve son importance capitale au temps de Jeanne d'Arc; entre le siège d'Orléans et le sacre de Reims, la France prouve qu'un peuple peut réparer une longue suite de désastres et tourner à son avantage une situation désespérée, lorsqu'un grand sentiment le soulève et introduit dans le jeu des batailles son facteur tout-puissant.

Marignan et Pavie montrent le rôle décisif que va désormais jouer l'artillerie. Le xvf siècle n'innove guère en France dans la stratégie et la tactique, car c'est un temps de guerres civiles, où de petites armées procèdent plutôt par coups de main que par opérations méditées et de longue haleine.

Les tentatives de l'Espagne pour prendre la France comme dans les branches d'une. Si l'homme de guerre, chez Henri IV, est de premier ordre, l'homme d'État le surpasse encore, et c'est le diplomate plus encore que le général qui débarrasse la France des ligueurs et des Espagnols. La grande guerre recommence et achève de devenir la guerre moderne avec Condé et Turenne. L'effort vers le combat et la préparation de celui-ci, autant que le combat luimême, donneront la mesure de ce que valent le chef et ses soldats.

Aussi, les théoriciens de la guerre font-ils remonter à cette époque les études d'histoire rétrospective qui leur semblent capables d'éclairer le présent. Dès le début de sa carrière, à Rocroy, il méritait le gain de la bataille par une inspiration de génie. L'infanterie espagnole a rompu l'aile gauche de son armée, tandis que lui-même, avec sa cava-. Il se trouve ainsi, dit le duc d'Aumale, t derrière la ligne espagnole avec ses escadrons victorieux; il fait exécuter à sa ligne de colonne un changement de front presque complet à gauche, et aussitôt, avec un élan incomparable, il la lance, ou plutôt il la mène en ordre oblique sur les bataillons qui lui tournent le dos f.

Mais, si Condé mérite pleinement sa grande réputation militaire, le premier des généraux modernes est Turenne. Stratégiste et tacticien, prudent et hardi, méditatif et prompt, humain et ménager du sang de ses soldats, il est peut-être le plus parfait et le plus complet des généraux modernes. Il a brûlé le Palatinat, sur l'ordre de l'impitoyable Louvois, mais, s'il n'eût dépendu que de lui, il aurait toujours conduit la guerre de manière à diminuer le plus possible ses maux inévitables.

Un groupe de généraux habiles et brillants forme comme l'école du grand capitaine, chacun avec sa physionomie et son originalité, dans l'imitation du maître commun. Ce sont le hardi Luxembourg, le brillant Villars, l'heureux Vendôme, le sage Vauban. Comme le flux et le reflux d'une mer, la guerre est tantôt sur le territoire conquis, tantôt sur le territoire à conquérir.

Les somptueux équipages de la cour les suivent, tels que Van der Meulen les a représentés, chargés de dames en grande toilette et marchant vers les villes qui élèvent au-dessus des bastions géométriques les clochers de leurs cathédrales et les beffrois de leurs hôtels de ville. Elle n'obéit plus, comme sous le règne précédent, aux desseins d'une politique habile et ferme.

Elle promène des régiments vêtus de couleurs tendres sous des gënéranx dont le seul qui approche du génie militaire, le maréchal de Saxe, est un aventu-. Elle a des journées glorieuses et, au début, Fontenoy fait comme le pendant de Rocroy, mais, lorsqu'un Soubise prend le commandement, la désastreuse guerre de Sept Ans vaut à l'honneur français l'humiliation de Rosbach.

La Révolution commençait en terre française l'épopée militaire de vingt-trois ans qui s'ouvre sur notre frontière de l'Est par le matin de Valmy, brillant comme une aurore, réponse à l'insolent manifeste de Brunswick et arrêt de l'invasion prussienne, pour se clore à quelques pas de la frontière du Nord, en Belgique, le soir de Waterloo, à l'heure où le dernier carré de la vieille garde, survivant à une armée anéantie et contenant la pression de deux armées victorieuses, recule lentement vers la France pour laisser à l'Empereur le temps de gagner Charleroi.

De à , les levées en masse de la Révolution étaient devenues les immenses armées de l'Empire, les plus belles que le monde ait vues, et suivaient le dieu de la guerre dans toutes les capitales de l'Europe. Mais, un an avant que Waterloo rouvrit le chemin de Paris aux Anglais de Wellington et aux Prussiens de Blücher, l'Europe entière avait pris sa revanche de ses longues humiliations.

La campagne de , où Napoléon s'était surpassé lui-même en retrouvant, plus belles encore, les inspirations de sa première campagne d'Italie, avait eu le sol français. En quelques mois, la guerre de défense, après tant d'invasions en pays étranger, avait dû laisser à l'ennemi la ligne bleue des Vosges, les vastes plaines de Champagne, les villes riantes de l'Ile-de-France et cette lisière de parcs et de jardins qui, depuis Fontainebleau, forme comme la ceinture royale de Paris.

Les souvenirs de' et sont trop près de nous pour qu'il soit nécessaire de les rappeler longuement. Tant de sang versé l'a-t-il donc été en pure perte? Non, car ceux qui sont morts entre Wissembourget le Mans ont ajouté quelque chose à ce trésor de souvenirs glorieux ou tristes qui font l'âme d'une patrie.

Ils ont obligé le vainqueur au respect du vaincu dans le désastre matériel, ils ont sauvé le dépôt moral que se transmettent les générations solidaires. Au jour d'une guerre réparatrice, leur exemple serait un facteur des victoires espérées.

Un beau tableau du peintre Édouard Detaille a traduit de manière saisissante cette solidarité militaire. Ils sont couchés au pied des faisceaux, sur lesquels le drapeau repose, roulé dans sa gaine, tandis que la sentinelle veille devant les armes. Des rôves traversent leur sommeil lourd de fatigue, rêves de gloire, provoqués par le souvenir et l'exemple des aïeux.

Ces rêves passent, distincts et confus, à travers les nuages, et le spectateur du tableau y voit ainsi comme le reflet du songe intérieur. Ce sont les demi-brigades de la République et les régiments de l'Empire, les combattants de Valmy et dléna, les Africains de Bugeaud, de Lamoricière et du duc d'Aumale, montant à l'assaut de Constantine et du pic de Mouzaïa, les beaux régiments de Magenta et de Solférino.

Elle survit dans celle du régiment qui va prendre les armes pour conserver la patrie faite pareux. Il n'y a pas de campagne aussi courte ni plus décisive que celle de ; il n'y en a pas qui ait suscité autant de livres ni, jusqu'à ce jour, de moins définitifs. C'est que tous ses historiens la racontaient sans information complète et avec parti pris.

Français, Anglais ou Prussiens, ils ne connaissaient pas toutes les sources de renseignements et ils subordonnaient la recherche de la vérité d'un côté au patriotisme, de l'autre à l'amour ou à la haine de Napoléon'. Il a fallu trente ans, depuis le dernier en date des historiens de Waterloo, pour que la simple vérité reprît ses droits. A mesure que le prestige du temps augmentait la gloire de Napoléon, le parti bonapartiste faiblissait et l'admiration du grand homme, 1.

Il convient de faire une exception pour un petit livre anonyme, Précis de la campagne de dans les Pays-Bas, publie en à Bruxelles, dans une Bibliothèque internationale d'histoire mtlitaire.

De là, cet énorme mouvement d'études napoléoniennes, qui a commencé depuis tantôt dix ans, et que dominent à-cette heure les travaux de M. Frédéric Masson et de M. Si différents par; ailleurs, les deux écrivains ont ceci de commun qu'ils cherchent et disent la vérité complète sur Napoléon et son entourage. Sauf de très brèves mentions — dont deux trop dédaigneuses pour Charras, — M. Henry Houssaye ne tient aucun compte de ses devanciers. Ils sont pour lui comme s'ils n'étaient pas; il ne leur emprunte rien; il ne consulte que les récits des témoins oculaires et les documents originaux.

Il n'est, en principe, ni pour ni contre Napoléon; il ne le juge que sur ses actes, minutieusement contrôlés. Il traite de même tous les autres acteurs du drame, premiers rôles ou comparses, depuis Ney, affolé aux QuatreBras, j jusqu'à Grouchy, éperdu sur la route de Wavre, depuis le général ménager de sa personne, qui refuse de remplacer Gérard blessé devant le moulin de Bierges, jusqu'au colonel sans passé militaire qui ne comprend rien à un ordre décisif et achève d'égarer le corps de Drouet d'Erlonj entre Gosselies et SaintAmand.

Cette méthode n'est possible que par le plus laborieux dépouillement de bibliothèques et d'archives. Il en est résulté un livre qui excite d'autant plus l'émotion du lecteur que l'auteur contient davantage la sienne.

Aucune recherche de style, pas d'autre éloquence que celle des faits; à peine, cà et là, quelques pages où le frémissement intérieur du patriote laisse échapper un cri de joie ou de douleur. Ce livre est sobre et pratique comme une arme de guerre, d'une fermeté et d'une justesse très rarement brillantées.

Autant qu'il soit donné à l'homme et à un seul homme d'atteindre la vérité complète, M. Henry Houssaye nous la donne sur Waterloo.

A aucun moment de la journée, devant 'Waterloo, Napoléon n'a compté sur l'arrivée de Grouchy et, loin de Napoléon, Grouchy exécutait mal des ordres viciés par une erreur initiale.

L'armée a poussé l'héroïsme aussi loin que des hommes puissent le porter, et, dès qu'elle a senti la victoire lui échapper, toute sa force de résistance s'est évanouie dans la plus lamentable déroute. C'est que l'Empereur, ses généraux et ses soldats, écrasés en par l'Europe coalisée, avaient perdu, avec leur confiance en eux-mêmes.

Devant la formidable machine d'écrasement dont les branches convergeaient de nouveau sur eux, ils sentaient l'inutilité de l'effort. Le plan de la campagne de est le plus beau peut-être que Napoléon ait conçu.

Wellington et Blücher, cantonnés en Belgique, sont trop éloignés l'un de. Surpris, ils n'auront pas le temps de se concentrer et de se réunir. Napoléon, plus faible que tous deux réunis et plus fort que chacun d'eux séparés, veut les détruire l'un après l'autre.

Pour cela, il se porte, avec une rapidité et un secret merveilleux, sur le seul point où ils puissent opérer leur jonction, le carrefour des QuatreBras, où se rencontrent les routes de Bruxelles, quartier général de Wellington, et de Namur, quartier général de Blücher. Le 15 juin, au point du jour, il passe la frontière belge et marche sur les Prussiens. Il culbute leurs avant-postes devant Charleroi, et le malgré des a-coups et des retards dans les mouvements de ses divers corps, dont les chefs, mal dirigés par son état-.

Pendant ce temps, Wellington était resté fort tranquille à Bruxelles et, le 15 au soir, il avait paru dans un bal donné en son honneur.

Contre lui, Napoléon avait chargé Ney d'occuper les Quatre-Bras, faiblement gardés, et de mettre ainsi les Anglais dans l'impossibilité de secourir les Prussiens. L'Empereur bat les Prussiens à Ligny, mais il ne les écrase pas, comme il l'espérait après une résistance acharnée, ils font une fière retraite, sans hâte ni désordre, pour s'arrêter à quelques lieues du champ de bataille et reprendre leur mouvement vers les Anglais.

L'Empereur avait compté, pour changer leur défaite en déroute, sur le corps de Drouet d'Erlon, qui devait les prendre à dos une fois de plus ses ordres avaient été mal transmis et Drouet d'Erlon avait fait la navette entre Ligny et les QuatreBras, inutile à Napoléon comme à Ney.

Aux QuatreBras, Ney s'était montré lent et indécis; il avait laissé à Wellington le temps d'accourir au secours de ses avant-postes. Néanmoins, si les Prussiens sont vivement poursuivis et maintenus loin des Anglais,, sans jonction ,possible, le plan de Napoléon peut encore réussir.

Il charge donc Grouchy de cette poursuite, mais il ne lui donne ses ordres que le 17, à onze heures et demie du matin, après avoir perdu des heures et des heures infiniment précieuses les Prussiens ont eu toute la nuit et toute la matinée pour prendre l'avance.

De son côte, Grouchy, mis si tard en mouvement, hésite, tâte le terrain dans plusieurs directions et marche avec beaucoup de lenteur. II ne sera sur les traces des Prussiens que vers le milieu de la nuit suivante, à Gembloux, tandis que déjà les Prussiens seront concentrés autour de Wavre, à portée de rejoindre les Anglais. Napoléon lui-même perd beaucoup de temps. Il voulait marcher sur lés Quatre-Bras pour réparer la faute de Ney, tomber sur les Anglais en flagrant délit de formation, les culbuter sur Bruxelles et, de là, les jeter à la mer.

Or, au lieu de se mettre en marche le 17 au point du jour, il attend midi et n'arrive aux Quatre-Bras que vers deux heures. Wellington est déjà en retraite et, bien que poursuivi très vivement, il a le temps de gagner avant la nuit le plateau de Mont-Saint-Jean, où il se retranche et attend la bataille pour le lendemain, avec l'avantage du terrain et la certitude de voir Blücher accourir de Wavre à son secours.

Dans la nuit du 17 au 18, tandis que, de MontSaint-Jean à Waterloo, les feux des bivouacs anglais embrasent le ciel, Napoléon range son armée sur le plateau de ta Belle-AHiance, sous la pluie et dans la.

Au matin, le sol défoncé rend très difficiles les mouvements des troupes et de l'artillerie. Pourtant, dès neuf heures, Napoléon aurait pu engager l'action. S'il l'avait fait, il aurait battu Wellington avant l'arrivée des Prussiens. Mais il n'est pas inquiet de ceux-ci, qu'il croit hors d'état de rentrer en ligne et contenus par Grouchy.

Or, dès le point du jour, les premiers corps prussiens avaient quitté Wavre et, étaient en marche sur Mont-Saint-Jean, ne laissant derrière eux que quelques régiments, pour amuser Grouchy jusqu'à la nuit. Enfin, à midi, Napoléon engage la bataille. Il admet donc que les survenants de Chapelle-Saint-Lambert sont des Prussiens, mais il les croit peu nombreux, un simple corps qui aura filé entre les mains de Grouchy.

Pour les arrêter, il se contente de leur opposer le corps de Lobau; mais, au lieu de le jeter en avant du défilé de Lasne, ou tout au moins de faire occuper ce défilé, dans lequel une poignée d'hommes arrêterait une armée, il range Lobau en arrière de Lasne, pour l'avoir sous la main.

Il ne faut plus qu'une condition pour assurer la victoire des Anglo-Prussiens, c'est que Wellington garde ses positions jusqu'à l'entrée en ligne de Blücher. Or, sous les charges furieuses de la cavalerie française, enlevée par Ney, Wellington se cramponne au plateau de Mont-SaintJean.

II s'y maintiendra jusqu'au moment où Blücher débordera la droite française. A un moment fugitif de la journée, s'il'avait fait appuyer la cavalerie de Ney par l'infanterie de la garde, Napoléon aurait pu déloger Wellington et se retourner avec toutes ses forces contre Blücher; mais il laisse passer ce moment et lorsque enfin il lance ses grenadiers contre Mont-Saint-Jean il est trop tard Blücher a rompu sa droite.

Aussitôt, Wellington passe de la défensive à l'offensive et culbute de front les Français, tandis que Blücher les enfonce de flanc. Pour les Français, c'est non seulement la défaite, mais la déroute, car ils sont épuisés par les efforts de la journée. L'armée de Napoléon, le reste de la Grande Armée, se disloque et. Ses débris fuient vers la France dans un horrible désordre, tandis que les derniers carrés de la vieille garde couvrent le départ de l'Empereur.

Lui s'arrête de temps en temps, la face livide et sillonnée de larmes, pour regarder au loin les Prussiens qui accourent et, autour de lui, ses soldats qui jettent leurs armes. Telle est la vérité sur la campagne de et. Waterlo,o, telle qu'elle résulte de l'enquête, suivie d'heure en heure et de minute en minute, sur l'Empereur, ses lieutenants et ses soldats, par l'historien des deux dernières années de l'Empire.

Henry Houssaye a donné le parfait modèle d'une méthode qui compte déjà de remarquables spécimens avec les livres de M.

Arthur Chuquet sur les guerres de la Révolution et ceux du commandant Rousset et de Pierre Lehautcourt un pseudonyme d'officier sur la guei're de Civils et militaires rivalisent de patriotisme, de labeur et de scrupule pour nous offrir, complètes et salutaires, les leçons qui doivent résulter pour nous de tant de gloire et de tant de revers. A la fin de ce siècle qui aura eu l'honneur de renouveler les études historiques par le culte de la vérité, ils appliquent aux périodes les plus décisives et les plus poignantes de notre histoire une méthode de plus en plus sévère dans ses moyens et sûre dans ses résultats.

Par l'intérêt du sujet, l'impartialité des points de vue et la probité de l'exécution, les livres de M. En un temps où les dogmatismes et les partis pris se montrent de plus en plus intolérants et étroits, où la politique est si égoïste et si peu scrupuleuse, ils élèvent l'histoire très haut, dans une région sereine. Ils ne demandent rien qu'à la venté et ne. Après la fulgurante Révolution, s'était levé l'éclatant soleil de l'Empire et, pendant.

En une vaste et rapide fresque, Thiers avait peint cette épopée. Travailleur plus attentif, M. Henry Houssaye a repris, pour sa part, le dernier compartiment du tableau; il s'est attaché à l'aboutissement fatal de tant de gloire. Son livre nous apprend que le génie colossal auquel la France s'était livrée devait fatalement, après l'apothéose de Dresde, où tant de rois se pressaient humblement autour de l'Empereur, conduire notre pays à la ruine, à la perte de ses frontières naturelles et à la prise de Paris.

Il nous explique pourquoi le retour nécessaire de l'île d'Elbe devait aboutir au terme fatal de Waterloo. Il a bien servi l'histoire et son pays. Mendeissohn donnait pourtant la note.

Les enfantillages de Carle et les fanfaronnades d'Horace n'étaient que des ridicules superficiels. Ces apparences revêtaient de rares natures d'artistes.

Avec Joseph, leur père et grandpère, Horace et Carle formaient vraiment une noble race. Vernet à ces apparences, un groupe d'artistes et d'hommes de lettres, présidé par le peintre Gérôme, a pris une initiative excellente en réunissant leurs oeuvres dans une exposition que le Président de la République inaugure demain à l'École des beauxarts.

Il convient de les remercier, ainsi que M. Armand Dayot, qui nous donne en même temps sur les Vernet un livre plein de renseignements précis et neufs. Je souhaite que les visiteurs de l'exposition et les lecteurs du livre soient très nombreux les Vernet sont peut-être les moins bien connus des peintres français. Au Louvre, les tableaux de Joseph sont placés de telle sorte, dans les salles du musée de marine, qu'il est impossible de les voir. Il n'y a qu'un Carle, la Chasse dans les bois de Meudon, exposé, d'après la dernière édition du catalogue, dans la sal!

Pour connaître l'oeuvre d'Horace et de Carle, il faudrait aller à Versailles. Or les étrangers et les provinciaux y vont plus que les Parisiens. Voici donc une occasion unique de voir au complet la lignée des Vernet. Les traiter légèrement serait du snobisme à rebours. Ils se sont attachés à trois des plus beaux objets que la nature et la vie puissent offrir à l'art la mer, le cheval, le soldat. Surtout, par leurs qualités et'leurs défauts, leurs excellences et leurs insuffisances, ils sont éminemment Français.

Ils représentent, avec une vérité originale, une part essentielle de notre caractère national. Tous trois ont eu de l'esprit, au sens le plus particulier et le plus général du mot. Et, plusieurs fois, ils ont élevé l'esprit jusqu'au génie. Le plus peintre des trois fut Joseph, le peintre de marine.

Certes, il resta, toujours loin des grands na turaliot,es hollandais. Ceux-ci voyaient la mer par ses aspects tragiques. Ils observaient avec un respect mêlé de terreur la plus redoutable des forces naturelles. Ils la représentaient grise et grondante, sous le ciel bas, lançant un assaut éternel contre la terre. Provençal d'humeur riante, Vernet ne voyait de la tristesse dans rien, même dans la tempête. Latin épris de lumière, il arrangeait volontiers en décors de théâtre les grands spectacles naturels.

Comme la 'comédie et la tragédie classiques, ses spectacles de mer, ses vues de villes et de campagne au bord de la Méditerranée sont équilibrés, et réguliers, voire 'arrangés. Il est bien l'homme de son temps et- de son pays. Si l'art consiste à mettre de l'ordre dans la nature, Joseph Vernet fut artiste à un degré éminënt. Avec lui, la terre, l'eau et le ciel, les navires et les constructions, les personnages et les 'fabriques comme on disait au siècle dernier, s'opposent, se combinent, se font valoir, concourent à l'effet général avec une sûreté de disposition toujours personnelle, souvent unique.

H n'a pas son pareil pour régler le désordre et discipliner la violence. Voyez, par exemple, deux de ses toiles les plus célèbres, l'Orage impétueux et la Tempête. Semblables et différentes, elles disposent les éléments du spectacle avec tant de logique et de symétrie, qu'un machiniste d'opéra ou un metteur en scène de mélodrame n'auraient aucune peine à les reproduire.

Dans les scènes plus calmes, il fait respirer,la paix et la joie de vivre. Son originalité fut surtout dans l'étude de la lumière. Il l'aimait comme un Grec, vermeille, limpide etbrillante.

Il la suivait dans ses jeux avec une agilité et une souplesse aisées et joyeuses comme le rayon lui-même. Il sténographiait les aspects changeants du ciel. Il avait bien vu que les nuages en sont la vie, aussi étendait-il toujours sur l'azur les ouates légères ou. Il les faisait traverser tantôt par le rayon, tantôt par l'éclair. Malgré l'unité de ses compositions, il y a autant de spectacles dans le haut que dans le bas de ses toiles.

Le ciel est, pour lui. Les Ports de France furent pour lui ce que seront les Campagnes d'Afrique dans l'oeuvre du dernier des Vernet. Grâce à un esprit de suite qui, déjà, se faisait rare chez les peintres, il a laissé son monument.

Caractère gai et léger, ami du luxe et de l'élégance, son fils Carle fut l'homme de l'observation rapide et spirituelle il tourna ses goûts en esthétique. Écuyer passionné; il fut un peintre de. Le cheval vrai est un nouveau venu dans l'art moderne, peinture et sculpture. Depuis les divins cavaliers de Phidias, l'antiquité et la Renaissance avaient complètement dénaturé celui de tous les animaux qui est, peut-être, le plus digne de l'art.

La monture de Marc-Aurèle sur la place du Capitole, à Rome, et celle du Colleone à Venise, les chevaux de Raphaël et de Jules Romain, ronds et lourds, seraient incapables de courir ou même de marcher.

L'étude sincère du cheval commence à peine avec Van der Meulen, mais ses chevaux, majestueux comtne la perruque de Louis XIV ou la phrase de Bossuet, ne sont propres qu'aux fêtes de cour et aux lentes promenades autour des places fortes. Carle, lui, peint le cheval avec amour et scrupule, surtout le cheval. Comme son père, Carle est un artiste de composition, mais il est moins coloriste. L'élégance et l'esprit compensent l'aspect un peu terne de ses toiles.

Aussi se trouve-t-il plus à l'aise dans le dessin et la lithographie appliqués à l'observation satirique et à la caricature. C'est un petit Callot, sans la philosophie et la vigueur expressive de l'artiste ,lorrain. Il a écrit avec le pinceau et le crayon surtout avec le crayon -l'histoire des inoeurs de son temps.

Par ses batailles et ses types militaires, Carle donne la main à son fils Horace. Autant Carle aimait les chevaux et le sport, autant Horace aimait les soldats et la guerre. Le peintre de la Barrière de Clichy avait gagné sa première croix de la Légion d'honneur sur le champ de bataille qui lui fournit son premier tableau de maître.

Mais, par goût dominant, il fut avant tout un peintre de soldats. II a donc représenté l'épopée de la Révolution et de l'Empire, de celui-ci surtout. Il n'est peut-être pas une victoire qui ne lui ait fourni le sujet d'une toile.

D'esprit gai et léger comme son père, mais avec un goût d'héroïsme qui manquait à Carle, il ne saurait être comparé à un Gros ou même à un Gérard, autrement sérieux et dramatiques, mais il éprouve et communique le frisson de la guerre de la guerre à la française, où la bonne humeur et l'esprit loustic dissimulent l'horreur foncière.

H compose avec l'habileté qui est pour lui un héritage de famille. II n'est guère plus coloriste que son père, et il est. S'il n'étudié guère le soldat français dans sa vérité individuelle, s'il s'en est formé un type quelque peu uniforme et conventionnel, s'il le prend surtout par le côté plaisant, il porte en lui l'âme de notre armée il ressent et communique la gaieté martiale qui flotte sur la forêt mouvante des baïonnettes et chante au front des régiments.

Cet improvisateur infatigable a su se concentrer et faire grand. Une fois au moins, après avoir conté tant d'anecdotes, il a rencontré le sublime de l'histoire. C'est lorsqu'il a lancé les soldats d'Afrique sur la brèche de Constantine. Tant que la France aura l'âme militaire, elle se reconnaîtra dans cette colonne d'assaut, au flanc de laquelle bat et sonne la charge.

Horace Vernet a laissé là, plus que dans son immense Prise de la Smala, une grande page d'histoire. Brave et gai, Horace Vernet le fut devant la mort. L'esprit militaire, joint à l'esprit parodiste du rapin, lui permit de faire belle et souriante figure à la sombre visiteuse.

Je tiens de M. Gérôme une anecdote touchante à ce sujet. Horace était au plus mal et n'avait plus que quelques jours à vivre. Assis dans un grand fauteuil, derrière la fenêtre de l'appartement qu'il occupait au palais de l'Institut, les jambes enveloppées de couvertures, et ses mains, que glaçait déjà le froid de l'agonie prochaine, plongées dans un manchon, il regardait au loin le soleil se coucher sur les côteaux de Saint-Cloud.

Depuis les trois Vernet, l'art français a dépassé de beaucoup le point où ils l'avaient porté. Il y a, dans nos marines contemporaines, une étude plus forte ou plus fine, plus attentive et moins arrangée, de la lumière et de l'eau.

De Géricault à Aimé Morot, le cheval nous a été montré dans la variété de sa construction, dans ses duférences de races et d'emploi, surtout dans la vérité hardie de ses allures. Avec Alphonse de Neuville et Édouard Detaille, la guerre a repris la grandeur sérieuse qui est son véritable aspect, et le soldat a été étudié avec sincérité dans la différence des corps et des individus.

Joseph a vu la mer et les ports tels que les voyaient et les faisaient ses contemporains Carle a fixé, avec une vérité infiniment spirituelle, la vie élégante de son temps. De même que Charlet et Raffet, Horace incarne l'âme militaire de la France entre la 6n de l'Empire et la conquête de l'Algérie. Esprit et bonhomie, facilité et verve, élégance mondaine et. Cette toile superbe, honneur de l'école française dans un genre où elle excelle, a son état civil, rédigé par l'historien de l'art qui a le mieux connu Ingres, M.

Il importe de la transcrire ici. Le portrait de M. Bertin fut longtemps cherché, diversement conçu, essayé par Ingres sur plusieurs toiles et dans plusieurs attitudes, avant de prendre cet aspect de robuste simplicité auquel il doit sa célébrité actuelle. Peu s'en fallut même qu'à un certain moment le peintre, mécontent des poses contraintes données jusqu'alors par son modèle, et surtout mécontent de ses propres efforts, ne renonçât à un travail qu'il n'avait entrepris d'ailleurs que pour tenir une promesse déjà à ancienne.

Un incident imprévu vint tout sauver. Ingres a raconté à M. Reiset qu'au plus fort de ses hésitations et de ses inquiétudes, il se trouvait un soir dans le salon de'M.

Une discussion s'était engagée sur les affaires politiques entre le ma! Bertin les écoutait dans l'attitude et avec la physionomie d'un homme que la contradiction irrite moins encore qu'elle ne lui inspire un surcroît de confiance dans l'autorité des paroles déjà prononcées par lui ou dans l'éloquence prochaine de sa réplique.

Rien de plus naturel et de plus expressif, rien de plus conforme au caractère du personnage à représenter que cette apparence d'une force sûre d'elle-même et d'une bonhomie un peu impérieuse. Dès lors, les conditions exactes du portrait étaient trouvées. Aussi Ingres, tout heureux de cette conquête inattendue, s'empressa-t-il de la mettre à profit, et, s'adressant à M. Cette fois je vous tiens, et je ne vous lâche plus. D'autre part, un des plus fidèles élèves d'Ingres, Amaury-Duval, qui a fait du portrait de Bertin aîné une copie excellente, complète par quelques détails intéressants l'acte de naissance dressé par M..

Bertin à Amaury-Duval, et je passais mon temps à le consoler. Des tentatives antérieures il reste deux dessins, l'un à la mine de plomb et à la pierre noire, conservé 1.

Ces deux études, entièrement différentes du tableau, offrent tout l'intérêt qui donne un si haut prix à tous les dessins d'Ingres, surtout aux portraits, mais la pose du modèle est ordinaire il est debout, le bras appuyé sur un meuble.

Au contraire, le tableau n'est rien moins que la synthèse d'un caractère, d'une classe et d'un temps. Elle égale tout ce que l'art français peut offrir de plus plein et de plus complet. Le portrait de Bertin l'aîné, peint en , a été exposé au Salon de Il est resté depuis cette date dans là famille Bertin, qui l'a cédé, l'an dernier, au musée du Louvre. Le personnage est de grandeur naturelle. Assis sur un fauteuil de bureau, il est vu jusqu'aux genoux.

Le corps est de trois quarts, la tête se présente de face. L'épaule gauche remonte légèrement et la tête oblique un peu sur l'épaule droite. Les mains posent à plat sur les genoux écartés. C'est l'attitude de l'homme qui vient, de parler, écoute et. Bertin est vêtu d'une redingote et d'un pantalon noirs, avec cravate blanche et gilet de soie puce.

Une clef de montre et un cachet retombent entre le gilet et le pantalon. Le modèle avait alors soixante-six ans. Très beau dans sa jeunesse, il offre encore de grands traits, empreints d'intelligence et de fermeté; son corps replet dénote une vigueur que l'âge n'a pas entamée.

Il est dans la plénitude de sa force physique et morale. Les cheveux, d'un gris ardoisé, sont épais sur le front haut; le cou est puissant dans le visage brun et rasé, que le sang colore, les yeux châtains s'ouvrent largement; sous le nez droit, la bouche est admirable de finesse et de fermeté. L'exécution réunit à un haut degré ces deux mêmes qualités, fermeté et finesse.

Elle est large et précise. En outre, elle est harmonieuse, par un mérite que n'offrent pas toujours les tableaux d'Ingres. Dessin et couleur s'y valent. Les teintes sombres des vêtements, les notes colorées ou claires du visage et des mains, s'enlèvent et s'accordent sur un fond havane. L'huile, en jaunissant avec le temps, a revêtu la toile d'une teinte dorée, qui lui donne l'aspect d'un portrait de vieux maître.

Comme pour souligner la précision attentive que le peintre a mise, comme toujours, dans ce travail fait de verve, ce qui, chez lui, est plus rare, il a employé un procédé dont l'exemple le plus célèbre se trouve sur la châsse de sainte Ursule, peinte par Memling, à l'hôpital Saint-Jean de Bruges, où les objets environnants se reflètent avec une fidélité de.

Le beau vieillard que représente ce portrait, LouisFrançois Bertin, toujours connu sous le nom de Bertin l'aîné, et frère de Bertin de Veaux, est un grand nom de la presse française, l'un des trois plus grands, avec ËmUe de Girardin et Villemessant, qui lui ressemblaient d'ailleurs si peu. Il est aussi le type du bourgeois français dans la première moitié de ce siècle il représente: Il faut lire, pour le bien connaître, l'étude complète que lui a consacrée un allié de sa famille, Léon Say, qui fut en son temps le grand bourgeois que Bertin l'aîné fut dans le sien'.

Il était né d'un père picard et d'une mère briarde, c'est-à-dire qu'il réunissait la ténacité et l'esprit pratique, l'humeur combative et la rectitude du jugement. Sa famille remplissait des fonctions de haute domesticité, une sorte d'intendance, dans une famille noble. II fut élevé dans les idées de liberté constitutionnelle que Montesquieu avait formulées au début du siècle, 1. Rousseau avaient réchauué l'esprit voltairien. Il était partisan des réformes qui devaient mettre plus de justice dans le gouvernement de la France et, surtout, dans l'organisation de la société.

Il embrassa-donc avec ardeur les idées de la Révolution à ses débuts, mais ses excès lui inspirèrent bientôt horreur et terreur il était, comme la bourgeoisie française, humain et équilibré. Robespierre te rendit royaliste, et dans les journaux modérés du temps, il fit aux jacobins une guerre courageuse.

En , il achetait ung petite feuille, le Journal des Débats et Lois du pouvoir législatif et des actes du gouvernement. Il l'agrandissait, le transformait, lui donnait peu à peu tous les organes du journal moderne articles de fond sur la politique française et étrangère, correspondances, critique littéraire, dramatique et artistique.

Il y soutenait les opinions de la classe moyenne. Cette classe, éclairée et riche, avait le sentiment da sa victoire et voulait l'organiser, à égale distance du despotisme et de l'anarchie.

Elle était prête à soutenir tout gouvernement qui lui donnerait la principale. Elle réserverait sa part à la noblesse, une part restreinte, sans privilèges. Royer-Collard allait incarner cet esprit à la tribune et Bertin l'aîné dans la presse. Mais, pour cela, il fallut attendre , car le despotisme impérial ne pouvait s'accommoder de cette doctrine. Rentré en possession de sa feuille, Bertin soutint la Restauration dans la mesure où elle favorisait les intérêts bourgeois; il la combattit dans son effort pour revenir à l'ancien régime.

Il eut un puissant auxiliaire dans Chateaubriand, mais il se servit du grand égoïste plus qu'il ne le servit. Il fut toujours le maître dans son journal et seul responsable. Les articles n'étant pas signés, il les modifiait à son gré, de sorte qu'ils ne traduisaient que son opinion. Cette opinion était celle de la classe la plus influente et la plus riche. Bertin était honnête et pratique, clairvoyant et habile, courageux et tenace.

En i8SO, les Débats. Lorsqu'il mourut, en i84i, sans avoir voulu entrer dans les Chambres ni dans l'administration, il voyait la bourgeoisie censitaire, sous un roi de son choix, maîtresse de la France. Il ne prévoyait pas , conséquence logique de l'abus du pouvoir par une classe, moins oppressive que l'ancienne noblesse, mais aussi égoïste et aussi aveugle.

Il croyait fort éloigné encore, s'il devait jamais arriver, cet avènement de la démocratie, qui était tout prochain, et qui, contrarié, comprimé ou dévié, mais toujours en marche, poursuivra sa victoire à travers la seconde moitié du siècle. Ce caractère droit et adroit, cette nature fine et forte, ce rôle habile et logique, Ingres les a saisis et fixés dans une vue de génie et avec une maîtrise de moyens, où l'on ne sait qu'admirer le plus, de la simplicité ou de l'art.

Avec cette image, il a vraiment dressé l'apothéose de la. L'allocution suivante a été lue par M. Mounet-Sully, le 6 août , à Montauban, devant le monument d'Ingres, au cours des fêtes célébrées en l'honneur des c Cadets de Gascogne où je devais prendre la parole.

Je l'insère ici comme complément à l'étude précédente sur Ingres. Vous savez le triste devoir que m'impose la mort de Charles Garnier et qui me retient à Paris, mais vous avez cru que, ne pouvant être avec vous de ma personne, je devais vous prouver que ma pensée vous suivait. Devant le monument consacré à la gloire d'Ingres, sur cette terrasse qui domine la plaine de la Garonne et d'où le regard s'étend jusqu'à la chai ne bleue des Pyrénées, j'aurais voulu apporter au grand artiste l'hommage de l'Académie des beaux-arts, qu'il honora pendant quarante-trois ans, et dire tout ce qu'il eut d'amour pour la lumière, de passion pour la beauté et d'adoration pour la ligne, dans ce pays où il naquit et où ses yeux d'enfant se remplirent d'idéal.

Avec le sentiment religieux du bien et l'adoration constante de la nature, dans le culte intransigeant de l'idéalisme, ce qui caractérise surtout le génie d'Ingres, c'est la volonté réuéchie et l'énergie tenace. En cela il était bien le fils de sa race et de son pays.

Capitale du Haut-Quercy, Montauban concentre la forte sève des chênes. Toute voisine de l'élégance languedocienne, la ville blanche et rose qui commande du haut de sa colline abrupte la plaine qu'arrose le Tarn a prouvé qu'elle sait élever jusqu'à l'héroïsme la sincérité de ses convictions. Comme Toulouse autrefois, elle a fait reculer de grandes armées; elle a bravé Louis XIII elle a vu la bannière royale s'incliner devant son blason. Dans la diversité des croyances, il attestait le même courage.

A ses yeux l'art était une religion. II mettait à la pratiquer et à la servir la ferveur et le respect qui ne se trouvent d'ordinaire que dans les temples. Raphaël '1 était le dieu de cette religion, et il prétendait la continuer selon les mêmes rites. Heureusement, il avait l'amour du vrai au même degré que celui du beau et, devant la nature éternelle, il ne songeait plus qu'à elle. Aprèsavoir longuementcontemplé les toiles,lesfresques et les cartons du divin maître, il se plaçait devant le modèle vivant, l'observait avec un frémissement d'admiration, et le reproduisait avec un scrupule de fidélité que les plus grands réalistes n'ont pas surpassé.

Dès ses premières compositions, si académiques et si voulues, il montrait dans le moindre détail un naturalisme visible à travers l'artifice des intentions et des groupements. Sa toile maîtresse, le. Au seuil de la vieillesse, il retrouvait pour peindre la Source, merveille incomparable de grâce et de fraîcheur, le charme pur de la première jeunesse.

Du reste, Montauban possède les preuves accumulées de cette conscience dans la poursuite du vrai, avec la collection de dessins que le maître. Il y a là un trésor que peuvent lui envier toutes les capitales de l'art et, si la commémoration que vous faites aujourd'hui du grand artiste avait pour résultat de grouper les bonnes volontés afin de mettre ce trésor en pleine lumière, les fêtes de Gascogne mériteraient beaucoup de l'art français.

Il n'est pas donné à un seul homme de posséder toute la vérité, et aucun artiste, si puissant qu'il soit, ne peut se flatter d'enfermer dans sa formule l'infinie variété de la nature et de la vie.

Ingres représentait l'esprit classique et sa lutte contre le romantisme. Ni l'une ni l'autre des deux Écoles n'a vaincu et supprimé sa rivale, car chacune d'elles répond à un besoin éternel de la nature humaine, tradition et invention, raison et passion, vérité et idéal. Aujourd'hui, l'admiration de la France a réconcilié dans la gloire Ingres et Delacroix. La lutte qu'ils ont incarnée durera autant que l'imitation de la nature par l'homme. Souhaitons à l'art français de susciter en chaque siècle des maîtres qui opposent avec autant de grandeur et d'éclat les deux aspects permanents du même modèle.

J'ai contemplé souvent, il y a déjà bien des années, sous les arbres qui l'ombragent, la figure volontaire d'Ingres, assise devant la reproduction en bronze de l'Apothéose d'Homère. Je ne me doutais guère alors que j'aurais un jour l'honneur d'être adopté par les artistes qui enseignent et produisent dans l'Académie et l'pcole qu'Ingres a illustrées. Je puis dire que j'ai commencé mon initiation à l'art dans le musée de Montauban et, en même temps qu'un tribut d'admiration, je paie aujourd'hui une dette de reconnaissance.

Le musée du Louvre possède quatre toiles de J. Les deux secondes proviennent de dons particuliers. Ce tableau avait été commandé à Millet en et payé francs. Placé dans les salons du ministère de l'Intérieur, il a été remis à la direction des beaux-arts en août C'est une conséquence, entre bien d'autres, des partis-pris qui inspiraient au cours de ce siècle l'action de l'Ëtat en matière d'art.

Ce dogmatisme inintelligent a pris fin, mais il a fallu longtemps pour que l'administration des beaux-arts comprît que son premier devoir était l'impartialité entre les écoles et que l'État devait se proposer pour seule esthétique de constater le talent, pour seul but de constituer dans ses musées une histoire suivie eL complète de l'art français.

L'artiste mourut trop tôt, le 20 janvier , pour commencer son travail. Auparavant, le 2 novembre , sur la demande d'Alfred Sensier, ami du peintre et fonctionnaire, Romieu, alors directeur des beaux-arts, après avoir écrit au préfet de Seine-et-Marne pour se renseigner sur la conduite matérielle et morale de Millet, établi à Barbizon, car le peintre avait la réputation d'un démagogue, —lui avait commandé pour. Je ne sais ce qu'il est devenu. En ajoutant que, le 15 août , Millet fut nommé chevalier de la Légion d'honneur, après dix-sept ans de production et de maîtrise, j'aurai dit toutes ses relations avec l'État.

Il y a là un enseignement. H y en a un autre dans l'histoire des deux donations qui ont assuré au Louvre le Printemps et les Glaneuses. En , Millet était entré en rapports avec un grand manufacturier de Munster, en Alsace, Frédéric Hartmann, amateur d'un goût large et fin, épris surtout de l'école paysagiste. Hartmann avait fait en même temps d'importantes commandes à Millet et à son ami Théodore Rousseau. Le Printemps du Louvre est une de ces commandes. Le 25 juillet , après la mort de Frédéric Hartmann, sa veuve, née Sanson Davillier, écrivait au ministre des beaux-arts, Eugène Spuller.

En souvenir de mon mari, qui a été, durant de longues années, le soutien, l'ami et l'admirateur passionné des deux ermites de Barbizon, Millet et Rousseau, j'aimerais offrir au Louvre la grande toile de Millet intitulée Le Printemps. Ni l'administration, ni les 'donateurs n'avaient encore l'habitude des offres de ce genre, malgré les legs considérables déjà faits au Louvre, comme celui de la collection Lacaze. On aura remarqué de quelle manière discrète Mme Hartmann exprime son souhait.

Elle craint, dirait-on, de voir sa demande rejetée. De son côté, l'administration montre peu d'empressement à accepter. L'affaire traîne et Mme Hartmann s'étonne, par une seconde lettre, de ne pas recevoir de réponse. Les Glaneuses parurent au salon de Ce sont des épouvantails de haillons plantés dans un champ, et, comme les épouvantails, elles n'ont pas de visage une coiffe de bure leur en tient lieu.

Millet paraît croire que l'indigence de l'exécution convient aux peintures de la pauvreté sa laideur est sans accent, sa grossièreté sans relief. Un teint de cendre enveloppe les figures et le paysage; le ciel. La critique d'art n'a pas de privilège de ces excès et de ces brutalités, mais, entre tous les genres de critique, elle est celui qui les pratique le plus violemment.

Et cela tombe sur les natures les plus sensibles et les amours-propres les plus douloureux. En revanche, les éloges se produisaient aussi, très enthousiastes. Millet, disait Edmond About, peint avec une austère simplicité des sujets simples.

Le tableau nous attire de loin par un air de grandeur et de sévérité. Je dirai presque qu'il s'annonce comme une peinture religieuse. Tout est calme là-dedans; le dessin est sans tache et la couleur sans éclat. Aujourd'hui, l'on serait plutôt tenté d'accepter à titre d'éloge le caractère symbolique où Paul de Saint-Victor voyait matière à reproche et dont Edmond About s'en'orçait de défendre le peintre.

La phrase superbe de La Bruyère peut impatienter encore les satisfaits et les dédaigneux. Louées et blâmées, les Glaneuses trouvaient peu d'empressement chez les amateurs. Enfin, plusieurs mois après l'exposition, grâce à l'entremise du peintre Jules Dupré, M. Binder aîné, de l'IsleAdam, son voisin et son ami, achetait le tableau pour un petit prix, 2 francs.

Le peintre fut heureux de trouver cet acquéreur, mais son amourpropre souffrait. Je dois à l'obligeance de M. Jules Dupré, fils du grand peintre, communication de la lettre- suivante. Vous voudrez bien que je vous remercie pour vous être employé comme vous l'avez fait auprès de M.

Mais puisque vous avez déjà tant fait, je vous prie de faire encore une chose c'est qu'on ne sache pas quel prix M. Binder a acheté mon tableau, et comme il ne peut en arriver pour lui aucun dommage, je voudrais qu'il fût entendu qu'il l'a acheté francs, ce que je vous demande de lui apprendre.

En attendant qu'en réalité j'aie l'occasion de vous serrer la main, je vous prie de croire à la volonté que t'en ai. A la vente de M. Binder aîné, les Glaneuses atteignirent 5 francs. Depuis , où l'oeuvre de Millet fut exposé à l'Ecole des beaux-arts, le prix de ses tableaux montait dans les proportions que l'on sait.

A la suite de l'Exposition universelle de , ils atteignaient leur maximum. Après plusieurs mois de pourparlers, il avait été vendu franco à l'architecte Feydeau, frère du romancier. De chez ce dernier, par l'entremise du peintre Arthur Stevens, le tableau passait dans la galerie de Van Praët, le grand amateur belge, pour 5 francs. Durand-Ruel, il entrait pour 58 francs dans la galerie de M.

Secrétan l'achetait franes. Acquis pour francs par M. Antonin Proust, au compte d'une société d'amateurs, qui avaient l'intention de le céder à l'État, il fut repris par une société américaine et, enfin, dans ces dernières années, racheté par M.

Chauchard pour francs. Avec les ressources dont il disposait alors, l'État n'avait pu accepter la proposition de M. Proust et de ses amis. La vente, l'achat et le refus faisaient encore grand bruit, lorsque, à la fin de septembre , M. Vous habitez ou vous êtes de passage à Frontignan et vous souhaitez vous détendre avec un homme? Retrouvez également un chat vidéo gay en haut de notre page Erotica Gay.

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Puis, il y a, je ne dis pas seulement le droit, mais le devoir de l'histoire, c'est-à-dire la recherche attentive, scrupuleuse et déférente de la Vérité'; la Vérité, salutaire par elle-même, supérieure à tout et à laquelle notre pauvre humanité doit sa seule noblesse. Tout est vain et dangereux en dehors d'elle, surtout le culte des héros, qui est un des résultats bienfaisants de l'histoire, mais à la condition d'être éclairé.

Tout coin de terre se prête à l'exercice de la loi fatale qui pèse sur l'humanité, la guerre, survivance éternelle de la férocité primitive et exercice des pires instincts comme des plus hautes vertus. D'autres fois, la nature semble avoir multiplié à plaisir les accidents de terrain, qui vont être le décor du drame, comme dans ces défiles de l'Argonne qui, au début de la Révolution, furent les Thermopyles de la France.

Banal ou pittoresque, le terrain arrosé par le sang de l'homme et marqué par un arrêt du destin, prend désormais un. Une colline qui soulève à peine l'égalité de la plaine, un mince cours d'eau, un petit bois, quelques pans de mur reçoivent une consécration des faits où ils ont joué.

Ainsi, en Belgique, à quelques lieues de la frontière française, cette plaine largement ondulée, qui commence à Charleroi et vient mourir aux portes de Bruxelles, la plaine de Waterloo. En soi, elle n'offre rien qui mérite d'arrêter le regard. Les vallons se ressemblent entre eux comme les vagues sur la mer; des villages insignifiants, Genappe, Plancenoit, Mont-Saint-Jean, Chapelle-Saint-Lambert, se succèdent, aux plis des terrains ou sur les crêtes, à peu près pareils dans leur banalité.

Mais un jour des masses d'hommes se sont ruées là, venues des quatre coins de l'horizon, les Anglais et les Écossais de Wellington, les Poméraniens et les Brandebourgeois de Blûcher, les Hollando-Belges du prince d'Orange; de l'autre côté, l'armée la plus nationale, la plus foncièrement française qu'ait eue la France, entre les armées de l'ancien régime et celles de notre temps.

Là s'est décidée, en une journée suprême, la lutte poursuivie durant un quart de siècle entre les vieilles monarchies d'Europe et la Révolution française. Dès lors, les moindres aspects de ce terrain, naturels ou artificiels, ont pris une physionomie expressive, comme un visage humain sur lequel a passé quelque grande épreuve. Ils ont joué un rôle dont les effets se poursuivent encore et pèsent sur l'histoire du monde.

Il a suffi de ce chemin creux, le chemin d'Ohain, qui court entre ses berges à la crête du plateau, pour assurer la défaite des uns et la victoire des autres. Ce château ruiné, Hougoumont,. Les phases de chaque journée et leur aspect général sont aussi variés que les caractères propres à chaque champ de bataille.

II est facile de railler ou de maudire l'uniformité sanglante de la guerre. Ce sont toujours des hommes qui se jettent les uns sur les autres pour se déchirer? Sur ce thème, les esprits les plus divers se rencontrent dans un même sentiment.

En réalité, la physionomie des batailles change de siècle en siècle. Les vertus que la guerre met en jeu les plus belles dont l'homme soit capable mépris de la souffrance et de la mort, solidarité et discipline, dévouement à une idée, culte de l'honneur restent les mêmes dans leur essence, mais elles s'exercent de manières très variées.

L'hoplite grec et le légionnaire romain étaient également braves; ils ne se battaient pas de la même façon. Un chevalier bardé de fer affrontait la mort avec une autre allure, d'autres gestes, d'autres sentiments que le franc-archer des communes. Les zouaves d'Afrique ont réduit Abd-el-Kader par des qualités différentes de celles que déployaient les grenadiers du premier empire en culbutant les gardes autrichienne et russe. Un de nos meilleurs historiens militaires, M.

Charles Malo, a eu l'idée de grouper dans un tableau d'ensemble, les diverses physionomies qu'ont présentées les batailles à travers l'histoire de France, en empruntant autant que possible les récits mêmes des contemporains, en prenant à chacun de ces récits ce qu'il y a de plus caractéristique'. Il en est résulté un beau livre, émouvant comme la plus belle épopée, mais une épopée vraie.

On y voit tout ce qu'il a fallu de sang pour faire la patrie française et cimenter son unité, de combien de héros sont héritiers et mandataires les soldats qui portent aujourd'hui les armes de la France et entourent son drapeau. On s'y pénètre surtout de cette vérité que toutes les discussions philosophiques et autres sur la guerre ne prévalent pas contre cette constatation imposée par l'histoire que, des lois qui ont présidé à sa formation, comme de sa situation géographique, résulte pour la France la nécessité d'être une grande puissance militaire, si elle veut, je ne dis pas continuer son développement, mais seulement maintenir l'oeuvre des ancêtres.

Il n'y aurait pas eu de France sans les chefs et les soldats qui ont gagné les journées de Bouvines, de Denain et de Valmy. Car la gloire ne se fait pas seulement avec des succès. Le courage déployé dans la défaite, l'obstination contre la fortune, la ténacité des soldats improvisés contre les. Louis XIV dut la paix en , non pas à la seute victoire de Denain, mais au respect qu'éprouvait l'Europe coalisée pour les soldats battus à Malplaquet et à Ramillies.

Napoléon ne fut jamais plus grand que dans la désastreuse campagne de Le livre de M. Malo s'ouvre par Bouvines et se ferme sur les batailles de , dont une des plus typiques est Champigny. Dans la première, Philippe Auguste arrêtait l'empereur d'Allemagne au seuil de la France; dans la seconde, le général Ducrot essayait vainement de rompre l'investissement de Paris. Bouvines est un plateau étroitement circonscrit entre des fonds marécageux et une forêt jadis très épaisse. Les deux armées s'y heurtèrent de front, par toute leur masse, avec une obstination de béliers luttant tête contre tête.

Champigny est une vaste plaine, traversée par la Marne qui forme en se repliant une large boucle, et bordée par une longue ligne de hauteurs. De Bouvines à Champigny, sept siècles ont profondément modifié les conditions de la guerre. A Bouwines, le combat corps à corps était encore la règle;. Ici deux énormes masses d'hommes se cherchaient, s'évitaient, 1, et rusaient l'une avec l'autre sans arriver à se déloger mutuellement de leurs positions.

Là, deux petits corps s'abordaient franchement et la journée ne finissait que par la fuite du vaincu. A Bouvines, on ne se battait guère qu'à l'arme blanche alors la reine des batailles, et les armes de jet, presque aussi élémentaires qu'aux premiers jours du monde, jouaient un rôle tout secondaire. Il fallait des circonstances exceptionnelles pour que les archers, comme à Crécy, eussent une part importante dans le résultat.

La force physique, depuis le roi jusqu'au dernier de ses soldats, la qualité des armes offensives et défensives, la supériorité du cavalier sur le fantassin et du noble sur le vilain pesaient d'un poids décisif dans la balance. A Champigny, le canon et le fusil ne laissaient à la baïonnette qu'une action épisodique; la discipline et la cohésion étaient tout; le rôle de la cavalerie fut à peu près nul.

Il est aussi méritoire de rester immobile sous le feu et de recevoir au poste fixé la mort venue de loin, que de se jeter sur l'ennemi et de choisir son adversaire pour un combat corps à corps. Même, il arrive encore, dans les guerres contemporaines, que chefs et soldats aient à se battre comme les chevaliers du moyen âge. A Bouvines, le roi Philippe Auguste et l'empereur Othon coururent les.

Tandis que les barons français chargeaient les piquiers allemands, qui avaient percé jusqu'au roi, celui-ci était renversé de cheval par une pique à crochet et il était perdu s'il eût été possible de faire passer une pointe de dague entre les joints de son armure.

Pendant ce temps, les chevaliers français atteignaient l'empereur d'Allemagne et l'un d'eux lui déchargeait sur la tête un si furieux coup de masse d'armes, qu'il l'eût étendu mort, si le cheval de l'empereur, en se cabrant, n'eût préservé son maître et reçu le coup. A Champigny, le général Ducrot enlevait ses troupes sur le plateau de Villiers, chargeait à leur tête avec son état-major et brisait son épée dans la poitrine d'un fantassin saxon.

Entre Bouvines et Champigny, la guerre suit une marche régulière et rapide vers la complication et le calcul. Elle impose au général des qualités d'esprit de plus en plus nombreuses; elle demande au soldat, comme vertus principales, l'obéissance passive, l'abnégation et la ténacité.

Un siècle et demi après Bouvines, à Crécy, les Anglais doivent là. La force morale retrouve son importance capitale au temps de Jeanne d'Arc; entre le siège d'Orléans et le sacre de Reims, la France prouve qu'un peuple peut réparer une longue suite de désastres et tourner à son avantage une situation désespérée, lorsqu'un grand sentiment le soulève et introduit dans le jeu des batailles son facteur tout-puissant. Marignan et Pavie montrent le rôle décisif que va désormais jouer l'artillerie.

Le xvf siècle n'innove guère en France dans la stratégie et la tactique, car c'est un temps de guerres civiles, où de petites armées procèdent plutôt par coups de main que par opérations méditées et de longue haleine. Les tentatives de l'Espagne pour prendre la France comme dans les branches d'une. Si l'homme de guerre, chez Henri IV, est de premier ordre, l'homme d'État le surpasse encore, et c'est le diplomate plus encore que le général qui débarrasse la France des ligueurs et des Espagnols.

La grande guerre recommence et achève de devenir la guerre moderne avec Condé et Turenne. L'effort vers le combat et la préparation de celui-ci, autant que le combat luimême, donneront la mesure de ce que valent le chef et ses soldats. Aussi, les théoriciens de la guerre font-ils remonter à cette époque les études d'histoire rétrospective qui leur semblent capables d'éclairer le présent.

Dès le début de sa carrière, à Rocroy, il méritait le gain de la bataille par une inspiration de génie. L'infanterie espagnole a rompu l'aile gauche de son armée, tandis que lui-même, avec sa cava-. Il se trouve ainsi, dit le duc d'Aumale, t derrière la ligne espagnole avec ses escadrons victorieux; il fait exécuter à sa ligne de colonne un changement de front presque complet à gauche, et aussitôt, avec un élan incomparable, il la lance, ou plutôt il la mène en ordre oblique sur les bataillons qui lui tournent le dos f.

Mais, si Condé mérite pleinement sa grande réputation militaire, le premier des généraux modernes est Turenne. Stratégiste et tacticien, prudent et hardi, méditatif et prompt, humain et ménager du sang de ses soldats, il est peut-être le plus parfait et le plus complet des généraux modernes.

Il a brûlé le Palatinat, sur l'ordre de l'impitoyable Louvois, mais, s'il n'eût dépendu que de lui, il aurait toujours conduit la guerre de manière à diminuer le plus possible ses maux inévitables. Un groupe de généraux habiles et brillants forme comme l'école du grand capitaine, chacun avec sa physionomie et son originalité, dans l'imitation du maître commun. Ce sont le hardi Luxembourg, le brillant Villars, l'heureux Vendôme, le sage Vauban. Comme le flux et le reflux d'une mer, la guerre est tantôt sur le territoire conquis, tantôt sur le territoire à conquérir.

Les somptueux équipages de la cour les suivent, tels que Van der Meulen les a représentés, chargés de dames en grande toilette et marchant vers les villes qui élèvent au-dessus des bastions géométriques les clochers de leurs cathédrales et les beffrois de leurs hôtels de ville. Elle n'obéit plus, comme sous le règne précédent, aux desseins d'une politique habile et ferme. Elle promène des régiments vêtus de couleurs tendres sous des gënéranx dont le seul qui approche du génie militaire, le maréchal de Saxe, est un aventu-.

Elle a des journées glorieuses et, au début, Fontenoy fait comme le pendant de Rocroy, mais, lorsqu'un Soubise prend le commandement, la désastreuse guerre de Sept Ans vaut à l'honneur français l'humiliation de Rosbach. La Révolution commençait en terre française l'épopée militaire de vingt-trois ans qui s'ouvre sur notre frontière de l'Est par le matin de Valmy, brillant comme une aurore, réponse à l'insolent manifeste de Brunswick et arrêt de l'invasion prussienne, pour se clore à quelques pas de la frontière du Nord, en Belgique, le soir de Waterloo, à l'heure où le dernier carré de la vieille garde, survivant à une armée anéantie et contenant la pression de deux armées victorieuses, recule lentement vers la France pour laisser à l'Empereur le temps de gagner Charleroi.

De à , les levées en masse de la Révolution étaient devenues les immenses armées de l'Empire, les plus belles que le monde ait vues, et suivaient le dieu de la guerre dans toutes les capitales de l'Europe. Mais, un an avant que Waterloo rouvrit le chemin de Paris aux Anglais de Wellington et aux Prussiens de Blücher, l'Europe entière avait pris sa revanche de ses longues humiliations. La campagne de , où Napoléon s'était surpassé lui-même en retrouvant, plus belles encore, les inspirations de sa première campagne d'Italie, avait eu le sol français.

En quelques mois, la guerre de défense, après tant d'invasions en pays étranger, avait dû laisser à l'ennemi la ligne bleue des Vosges, les vastes plaines de Champagne, les villes riantes de l'Ile-de-France et cette lisière de parcs et de jardins qui, depuis Fontainebleau, forme comme la ceinture royale de Paris.

Les souvenirs de' et sont trop près de nous pour qu'il soit nécessaire de les rappeler longuement. Tant de sang versé l'a-t-il donc été en pure perte?

Non, car ceux qui sont morts entre Wissembourget le Mans ont ajouté quelque chose à ce trésor de souvenirs glorieux ou tristes qui font l'âme d'une patrie. Ils ont obligé le vainqueur au respect du vaincu dans le désastre matériel, ils ont sauvé le dépôt moral que se transmettent les générations solidaires. Au jour d'une guerre réparatrice, leur exemple serait un facteur des victoires espérées.

Un beau tableau du peintre Édouard Detaille a traduit de manière saisissante cette solidarité militaire. Ils sont couchés au pied des faisceaux, sur lesquels le drapeau repose, roulé dans sa gaine, tandis que la sentinelle veille devant les armes.

Des rôves traversent leur sommeil lourd de fatigue, rêves de gloire, provoqués par le souvenir et l'exemple des aïeux. Ces rêves passent, distincts et confus, à travers les nuages, et le spectateur du tableau y voit ainsi comme le reflet du songe intérieur. Ce sont les demi-brigades de la République et les régiments de l'Empire, les combattants de Valmy et dléna, les Africains de Bugeaud, de Lamoricière et du duc d'Aumale, montant à l'assaut de Constantine et du pic de Mouzaïa, les beaux régiments de Magenta et de Solférino.

Elle survit dans celle du régiment qui va prendre les armes pour conserver la patrie faite pareux. Il n'y a pas de campagne aussi courte ni plus décisive que celle de ; il n'y en a pas qui ait suscité autant de livres ni, jusqu'à ce jour, de moins définitifs. C'est que tous ses historiens la racontaient sans information complète et avec parti pris.

Français, Anglais ou Prussiens, ils ne connaissaient pas toutes les sources de renseignements et ils subordonnaient la recherche de la vérité d'un côté au patriotisme, de l'autre à l'amour ou à la haine de Napoléon'.

Il a fallu trente ans, depuis le dernier en date des historiens de Waterloo, pour que la simple vérité reprît ses droits. A mesure que le prestige du temps augmentait la gloire de Napoléon, le parti bonapartiste faiblissait et l'admiration du grand homme, 1. Il convient de faire une exception pour un petit livre anonyme, Précis de la campagne de dans les Pays-Bas, publie en à Bruxelles, dans une Bibliothèque internationale d'histoire mtlitaire.

De là, cet énorme mouvement d'études napoléoniennes, qui a commencé depuis tantôt dix ans, et que dominent à-cette heure les travaux de M. Frédéric Masson et de M. Si différents par; ailleurs, les deux écrivains ont ceci de commun qu'ils cherchent et disent la vérité complète sur Napoléon et son entourage. Sauf de très brèves mentions — dont deux trop dédaigneuses pour Charras, — M. Henry Houssaye ne tient aucun compte de ses devanciers. Ils sont pour lui comme s'ils n'étaient pas; il ne leur emprunte rien; il ne consulte que les récits des témoins oculaires et les documents originaux.

Il n'est, en principe, ni pour ni contre Napoléon; il ne le juge que sur ses actes, minutieusement contrôlés. Il traite de même tous les autres acteurs du drame, premiers rôles ou comparses, depuis Ney, affolé aux QuatreBras, j jusqu'à Grouchy, éperdu sur la route de Wavre, depuis le général ménager de sa personne, qui refuse de remplacer Gérard blessé devant le moulin de Bierges, jusqu'au colonel sans passé militaire qui ne comprend rien à un ordre décisif et achève d'égarer le corps de Drouet d'Erlonj entre Gosselies et SaintAmand.

Cette méthode n'est possible que par le plus laborieux dépouillement de bibliothèques et d'archives. Il en est résulté un livre qui excite d'autant plus l'émotion du lecteur que l'auteur contient davantage la sienne.

Aucune recherche de style, pas d'autre éloquence que celle des faits; à peine, cà et là, quelques pages où le frémissement intérieur du patriote laisse échapper un cri de joie ou de douleur.

Ce livre est sobre et pratique comme une arme de guerre, d'une fermeté et d'une justesse très rarement brillantées. Autant qu'il soit donné à l'homme et à un seul homme d'atteindre la vérité complète, M.

Henry Houssaye nous la donne sur Waterloo. A aucun moment de la journée, devant 'Waterloo, Napoléon n'a compté sur l'arrivée de Grouchy et, loin de Napoléon, Grouchy exécutait mal des ordres viciés par une erreur initiale. L'armée a poussé l'héroïsme aussi loin que des hommes puissent le porter, et, dès qu'elle a senti la victoire lui échapper, toute sa force de résistance s'est évanouie dans la plus lamentable déroute.

C'est que l'Empereur, ses généraux et ses soldats, écrasés en par l'Europe coalisée, avaient perdu, avec leur confiance en eux-mêmes. Devant la formidable machine d'écrasement dont les branches convergeaient de nouveau sur eux, ils sentaient l'inutilité de l'effort.

Le plan de la campagne de est le plus beau peut-être que Napoléon ait conçu. Wellington et Blücher, cantonnés en Belgique, sont trop éloignés l'un de.

Surpris, ils n'auront pas le temps de se concentrer et de se réunir. Napoléon, plus faible que tous deux réunis et plus fort que chacun d'eux séparés, veut les détruire l'un après l'autre.

Pour cela, il se porte, avec une rapidité et un secret merveilleux, sur le seul point où ils puissent opérer leur jonction, le carrefour des QuatreBras, où se rencontrent les routes de Bruxelles, quartier général de Wellington, et de Namur, quartier général de Blücher. Le 15 juin, au point du jour, il passe la frontière belge et marche sur les Prussiens.

Il culbute leurs avant-postes devant Charleroi, et le malgré des a-coups et des retards dans les mouvements de ses divers corps, dont les chefs, mal dirigés par son état-. Pendant ce temps, Wellington était resté fort tranquille à Bruxelles et, le 15 au soir, il avait paru dans un bal donné en son honneur.

Contre lui, Napoléon avait chargé Ney d'occuper les Quatre-Bras, faiblement gardés, et de mettre ainsi les Anglais dans l'impossibilité de secourir les Prussiens. L'Empereur bat les Prussiens à Ligny, mais il ne les écrase pas, comme il l'espérait après une résistance acharnée, ils font une fière retraite, sans hâte ni désordre, pour s'arrêter à quelques lieues du champ de bataille et reprendre leur mouvement vers les Anglais.

L'Empereur avait compté, pour changer leur défaite en déroute, sur le corps de Drouet d'Erlon, qui devait les prendre à dos une fois de plus ses ordres avaient été mal transmis et Drouet d'Erlon avait fait la navette entre Ligny et les QuatreBras, inutile à Napoléon comme à Ney. Aux QuatreBras, Ney s'était montré lent et indécis; il avait laissé à Wellington le temps d'accourir au secours de ses avant-postes.

Néanmoins, si les Prussiens sont vivement poursuivis et maintenus loin des Anglais,, sans jonction ,possible, le plan de Napoléon peut encore réussir. Il charge donc Grouchy de cette poursuite, mais il ne lui donne ses ordres que le 17, à onze heures et demie du matin, après avoir perdu des heures et des heures infiniment précieuses les Prussiens ont eu toute la nuit et toute la matinée pour prendre l'avance. De son côte, Grouchy, mis si tard en mouvement, hésite, tâte le terrain dans plusieurs directions et marche avec beaucoup de lenteur.

II ne sera sur les traces des Prussiens que vers le milieu de la nuit suivante, à Gembloux, tandis que déjà les Prussiens seront concentrés autour de Wavre, à portée de rejoindre les Anglais. Napoléon lui-même perd beaucoup de temps. Il voulait marcher sur lés Quatre-Bras pour réparer la faute de Ney, tomber sur les Anglais en flagrant délit de formation, les culbuter sur Bruxelles et, de là, les jeter à la mer. Or, au lieu de se mettre en marche le 17 au point du jour, il attend midi et n'arrive aux Quatre-Bras que vers deux heures.

Wellington est déjà en retraite et, bien que poursuivi très vivement, il a le temps de gagner avant la nuit le plateau de Mont-Saint-Jean, où il se retranche et attend la bataille pour le lendemain, avec l'avantage du terrain et la certitude de voir Blücher accourir de Wavre à son secours.

Dans la nuit du 17 au 18, tandis que, de MontSaint-Jean à Waterloo, les feux des bivouacs anglais embrasent le ciel, Napoléon range son armée sur le plateau de ta Belle-AHiance, sous la pluie et dans la. Au matin, le sol défoncé rend très difficiles les mouvements des troupes et de l'artillerie.

Pourtant, dès neuf heures, Napoléon aurait pu engager l'action. S'il l'avait fait, il aurait battu Wellington avant l'arrivée des Prussiens. Mais il n'est pas inquiet de ceux-ci, qu'il croit hors d'état de rentrer en ligne et contenus par Grouchy. Or, dès le point du jour, les premiers corps prussiens avaient quitté Wavre et, étaient en marche sur Mont-Saint-Jean, ne laissant derrière eux que quelques régiments, pour amuser Grouchy jusqu'à la nuit.

Enfin, à midi, Napoléon engage la bataille. Il admet donc que les survenants de Chapelle-Saint-Lambert sont des Prussiens, mais il les croit peu nombreux, un simple corps qui aura filé entre les mains de Grouchy. Pour les arrêter, il se contente de leur opposer le corps de Lobau; mais, au lieu de le jeter en avant du défilé de Lasne, ou tout au moins de faire occuper ce défilé, dans lequel une poignée d'hommes arrêterait une armée, il range Lobau en arrière de Lasne, pour l'avoir sous la main.

Il ne faut plus qu'une condition pour assurer la victoire des Anglo-Prussiens, c'est que Wellington garde ses positions jusqu'à l'entrée en ligne de Blücher. Or, sous les charges furieuses de la cavalerie française, enlevée par Ney, Wellington se cramponne au plateau de Mont-SaintJean.

II s'y maintiendra jusqu'au moment où Blücher débordera la droite française. A un moment fugitif de la journée, s'il'avait fait appuyer la cavalerie de Ney par l'infanterie de la garde, Napoléon aurait pu déloger Wellington et se retourner avec toutes ses forces contre Blücher; mais il laisse passer ce moment et lorsque enfin il lance ses grenadiers contre Mont-Saint-Jean il est trop tard Blücher a rompu sa droite. Aussitôt, Wellington passe de la défensive à l'offensive et culbute de front les Français, tandis que Blücher les enfonce de flanc.

Pour les Français, c'est non seulement la défaite, mais la déroute, car ils sont épuisés par les efforts de la journée. L'armée de Napoléon, le reste de la Grande Armée, se disloque et. Ses débris fuient vers la France dans un horrible désordre, tandis que les derniers carrés de la vieille garde couvrent le départ de l'Empereur.

Lui s'arrête de temps en temps, la face livide et sillonnée de larmes, pour regarder au loin les Prussiens qui accourent et, autour de lui, ses soldats qui jettent leurs armes. Telle est la vérité sur la campagne de et. Waterlo,o, telle qu'elle résulte de l'enquête, suivie d'heure en heure et de minute en minute, sur l'Empereur, ses lieutenants et ses soldats, par l'historien des deux dernières années de l'Empire.

Henry Houssaye a donné le parfait modèle d'une méthode qui compte déjà de remarquables spécimens avec les livres de M. Arthur Chuquet sur les guerres de la Révolution et ceux du commandant Rousset et de Pierre Lehautcourt un pseudonyme d'officier sur la guei're de Civils et militaires rivalisent de patriotisme, de labeur et de scrupule pour nous offrir, complètes et salutaires, les leçons qui doivent résulter pour nous de tant de gloire et de tant de revers.

A la fin de ce siècle qui aura eu l'honneur de renouveler les études historiques par le culte de la vérité, ils appliquent aux périodes les plus décisives et les plus poignantes de notre histoire une méthode de plus en plus sévère dans ses moyens et sûre dans ses résultats. Par l'intérêt du sujet, l'impartialité des points de vue et la probité de l'exécution, les livres de M.

En un temps où les dogmatismes et les partis pris se montrent de plus en plus intolérants et étroits, où la politique est si égoïste et si peu scrupuleuse, ils élèvent l'histoire très haut, dans une région sereine. Ils ne demandent rien qu'à la venté et ne.

Après la fulgurante Révolution, s'était levé l'éclatant soleil de l'Empire et, pendant. En une vaste et rapide fresque, Thiers avait peint cette épopée. Travailleur plus attentif, M. Henry Houssaye a repris, pour sa part, le dernier compartiment du tableau; il s'est attaché à l'aboutissement fatal de tant de gloire. Son livre nous apprend que le génie colossal auquel la France s'était livrée devait fatalement, après l'apothéose de Dresde, où tant de rois se pressaient humblement autour de l'Empereur, conduire notre pays à la ruine, à la perte de ses frontières naturelles et à la prise de Paris.

Il nous explique pourquoi le retour nécessaire de l'île d'Elbe devait aboutir au terme fatal de Waterloo. Il a bien servi l'histoire et son pays. Mendeissohn donnait pourtant la note. Les enfantillages de Carle et les fanfaronnades d'Horace n'étaient que des ridicules superficiels. Ces apparences revêtaient de rares natures d'artistes.

Avec Joseph, leur père et grandpère, Horace et Carle formaient vraiment une noble race. Vernet à ces apparences, un groupe d'artistes et d'hommes de lettres, présidé par le peintre Gérôme, a pris une initiative excellente en réunissant leurs oeuvres dans une exposition que le Président de la République inaugure demain à l'École des beauxarts.

Il convient de les remercier, ainsi que M. Armand Dayot, qui nous donne en même temps sur les Vernet un livre plein de renseignements précis et neufs. Je souhaite que les visiteurs de l'exposition et les lecteurs du livre soient très nombreux les Vernet sont peut-être les moins bien connus des peintres français.

Au Louvre, les tableaux de Joseph sont placés de telle sorte, dans les salles du musée de marine, qu'il est impossible de les voir. Il n'y a qu'un Carle, la Chasse dans les bois de Meudon, exposé, d'après la dernière édition du catalogue, dans la sal! Pour connaître l'oeuvre d'Horace et de Carle, il faudrait aller à Versailles.

Or les étrangers et les provinciaux y vont plus que les Parisiens. Voici donc une occasion unique de voir au complet la lignée des Vernet. Les traiter légèrement serait du snobisme à rebours.

Ils se sont attachés à trois des plus beaux objets que la nature et la vie puissent offrir à l'art la mer, le cheval, le soldat. Surtout, par leurs qualités et'leurs défauts, leurs excellences et leurs insuffisances, ils sont éminemment Français. Ils représentent, avec une vérité originale, une part essentielle de notre caractère national.

Tous trois ont eu de l'esprit, au sens le plus particulier et le plus général du mot. Et, plusieurs fois, ils ont élevé l'esprit jusqu'au génie. Le plus peintre des trois fut Joseph, le peintre de marine. Certes, il resta, toujours loin des grands na turaliot,es hollandais.

Ceux-ci voyaient la mer par ses aspects tragiques. Ils observaient avec un respect mêlé de terreur la plus redoutable des forces naturelles. Ils la représentaient grise et grondante, sous le ciel bas, lançant un assaut éternel contre la terre. Provençal d'humeur riante, Vernet ne voyait de la tristesse dans rien, même dans la tempête. Latin épris de lumière, il arrangeait volontiers en décors de théâtre les grands spectacles naturels.

Comme la 'comédie et la tragédie classiques, ses spectacles de mer, ses vues de villes et de campagne au bord de la Méditerranée sont équilibrés, et réguliers, voire 'arrangés. Il est bien l'homme de son temps et- de son pays. Si l'art consiste à mettre de l'ordre dans la nature, Joseph Vernet fut artiste à un degré éminënt.

Avec lui, la terre, l'eau et le ciel, les navires et les constructions, les personnages et les 'fabriques comme on disait au siècle dernier, s'opposent, se combinent, se font valoir, concourent à l'effet général avec une sûreté de disposition toujours personnelle, souvent unique. H n'a pas son pareil pour régler le désordre et discipliner la violence.

Voyez, par exemple, deux de ses toiles les plus célèbres, l'Orage impétueux et la Tempête. Semblables et différentes, elles disposent les éléments du spectacle avec tant de logique et de symétrie, qu'un machiniste d'opéra ou un metteur en scène de mélodrame n'auraient aucune peine à les reproduire.

Dans les scènes plus calmes, il fait respirer,la paix et la joie de vivre. Son originalité fut surtout dans l'étude de la lumière. Il l'aimait comme un Grec, vermeille, limpide etbrillante. Il la suivait dans ses jeux avec une agilité et une souplesse aisées et joyeuses comme le rayon lui-même. Il sténographiait les aspects changeants du ciel. Il avait bien vu que les nuages en sont la vie, aussi étendait-il toujours sur l'azur les ouates légères ou.

Il les faisait traverser tantôt par le rayon, tantôt par l'éclair. Malgré l'unité de ses compositions, il y a autant de spectacles dans le haut que dans le bas de ses toiles. Le ciel est, pour lui.

Les Ports de France furent pour lui ce que seront les Campagnes d'Afrique dans l'oeuvre du dernier des Vernet. Grâce à un esprit de suite qui, déjà, se faisait rare chez les peintres, il a laissé son monument. Caractère gai et léger, ami du luxe et de l'élégance, son fils Carle fut l'homme de l'observation rapide et spirituelle il tourna ses goûts en esthétique.

Écuyer passionné; il fut un peintre de. Le cheval vrai est un nouveau venu dans l'art moderne, peinture et sculpture. Depuis les divins cavaliers de Phidias, l'antiquité et la Renaissance avaient complètement dénaturé celui de tous les animaux qui est, peut-être, le plus digne de l'art. La monture de Marc-Aurèle sur la place du Capitole, à Rome, et celle du Colleone à Venise, les chevaux de Raphaël et de Jules Romain, ronds et lourds, seraient incapables de courir ou même de marcher.

L'étude sincère du cheval commence à peine avec Van der Meulen, mais ses chevaux, majestueux comtne la perruque de Louis XIV ou la phrase de Bossuet, ne sont propres qu'aux fêtes de cour et aux lentes promenades autour des places fortes. Carle, lui, peint le cheval avec amour et scrupule, surtout le cheval. Comme son père, Carle est un artiste de composition, mais il est moins coloriste. L'élégance et l'esprit compensent l'aspect un peu terne de ses toiles. Aussi se trouve-t-il plus à l'aise dans le dessin et la lithographie appliqués à l'observation satirique et à la caricature.

C'est un petit Callot, sans la philosophie et la vigueur expressive de l'artiste ,lorrain. Il a écrit avec le pinceau et le crayon surtout avec le crayon -l'histoire des inoeurs de son temps. Par ses batailles et ses types militaires, Carle donne la main à son fils Horace.

Autant Carle aimait les chevaux et le sport, autant Horace aimait les soldats et la guerre. Le peintre de la Barrière de Clichy avait gagné sa première croix de la Légion d'honneur sur le champ de bataille qui lui fournit son premier tableau de maître. Mais, par goût dominant, il fut avant tout un peintre de soldats.

II a donc représenté l'épopée de la Révolution et de l'Empire, de celui-ci surtout. Il n'est peut-être pas une victoire qui ne lui ait fourni le sujet d'une toile.

D'esprit gai et léger comme son père, mais avec un goût d'héroïsme qui manquait à Carle, il ne saurait être comparé à un Gros ou même à un Gérard, autrement sérieux et dramatiques, mais il éprouve et communique le frisson de la guerre de la guerre à la française, où la bonne humeur et l'esprit loustic dissimulent l'horreur foncière.

H compose avec l'habileté qui est pour lui un héritage de famille. II n'est guère plus coloriste que son père, et il est. S'il n'étudié guère le soldat français dans sa vérité individuelle, s'il s'en est formé un type quelque peu uniforme et conventionnel, s'il le prend surtout par le côté plaisant, il porte en lui l'âme de notre armée il ressent et communique la gaieté martiale qui flotte sur la forêt mouvante des baïonnettes et chante au front des régiments.

Cet improvisateur infatigable a su se concentrer et faire grand. Une fois au moins, après avoir conté tant d'anecdotes, il a rencontré le sublime de l'histoire. C'est lorsqu'il a lancé les soldats d'Afrique sur la brèche de Constantine.

Tant que la France aura l'âme militaire, elle se reconnaîtra dans cette colonne d'assaut, au flanc de laquelle bat et sonne la charge. Horace Vernet a laissé là, plus que dans son immense Prise de la Smala, une grande page d'histoire.

Brave et gai, Horace Vernet le fut devant la mort. L'esprit militaire, joint à l'esprit parodiste du rapin, lui permit de faire belle et souriante figure à la sombre visiteuse. Je tiens de M. Gérôme une anecdote touchante à ce sujet. Horace était au plus mal et n'avait plus que quelques jours à vivre. Assis dans un grand fauteuil, derrière la fenêtre de l'appartement qu'il occupait au palais de l'Institut, les jambes enveloppées de couvertures, et ses mains, que glaçait déjà le froid de l'agonie prochaine, plongées dans un manchon, il regardait au loin le soleil se coucher sur les côteaux de Saint-Cloud.

Depuis les trois Vernet, l'art français a dépassé de beaucoup le point où ils l'avaient porté. Il y a, dans nos marines contemporaines, une étude plus forte ou plus fine, plus attentive et moins arrangée, de la lumière et de l'eau. De Géricault à Aimé Morot, le cheval nous a été montré dans la variété de sa construction, dans ses duférences de races et d'emploi, surtout dans la vérité hardie de ses allures.

Avec Alphonse de Neuville et Édouard Detaille, la guerre a repris la grandeur sérieuse qui est son véritable aspect, et le soldat a été étudié avec sincérité dans la différence des corps et des individus. Joseph a vu la mer et les ports tels que les voyaient et les faisaient ses contemporains Carle a fixé, avec une vérité infiniment spirituelle, la vie élégante de son temps.

De même que Charlet et Raffet, Horace incarne l'âme militaire de la France entre la 6n de l'Empire et la conquête de l'Algérie. Esprit et bonhomie, facilité et verve, élégance mondaine et. Cette toile superbe, honneur de l'école française dans un genre où elle excelle, a son état civil, rédigé par l'historien de l'art qui a le mieux connu Ingres, M. Il importe de la transcrire ici. Le portrait de M. Bertin fut longtemps cherché, diversement conçu, essayé par Ingres sur plusieurs toiles et dans plusieurs attitudes, avant de prendre cet aspect de robuste simplicité auquel il doit sa célébrité actuelle.

Peu s'en fallut même qu'à un certain moment le peintre, mécontent des poses contraintes données jusqu'alors par son modèle, et surtout mécontent de ses propres efforts, ne renonçât à un travail qu'il n'avait entrepris d'ailleurs que pour tenir une promesse déjà à ancienne. Un incident imprévu vint tout sauver.

Ingres a raconté à M. Reiset qu'au plus fort de ses hésitations et de ses inquiétudes, il se trouvait un soir dans le salon de'M. Une discussion s'était engagée sur les affaires politiques entre le ma! Bertin les écoutait dans l'attitude et avec la physionomie d'un homme que la contradiction irrite moins encore qu'elle ne lui inspire un surcroît de confiance dans l'autorité des paroles déjà prononcées par lui ou dans l'éloquence prochaine de sa réplique.

Rien de plus naturel et de plus expressif, rien de plus conforme au caractère du personnage à représenter que cette apparence d'une force sûre d'elle-même et d'une bonhomie un peu impérieuse.

Dès lors, les conditions exactes du portrait étaient trouvées. Aussi Ingres, tout heureux de cette conquête inattendue, s'empressa-t-il de la mettre à profit, et, s'adressant à M. Cette fois je vous tiens, et je ne vous lâche plus. D'autre part, un des plus fidèles élèves d'Ingres, Amaury-Duval, qui a fait du portrait de Bertin aîné une copie excellente, complète par quelques détails intéressants l'acte de naissance dressé par M..

Bertin à Amaury-Duval, et je passais mon temps à le consoler. Des tentatives antérieures il reste deux dessins, l'un à la mine de plomb et à la pierre noire, conservé 1. Ces deux études, entièrement différentes du tableau, offrent tout l'intérêt qui donne un si haut prix à tous les dessins d'Ingres, surtout aux portraits, mais la pose du modèle est ordinaire il est debout, le bras appuyé sur un meuble.

Au contraire, le tableau n'est rien moins que la synthèse d'un caractère, d'une classe et d'un temps. Elle égale tout ce que l'art français peut offrir de plus plein et de plus complet. Le portrait de Bertin l'aîné, peint en , a été exposé au Salon de Il est resté depuis cette date dans là famille Bertin, qui l'a cédé, l'an dernier, au musée du Louvre. Le personnage est de grandeur naturelle.

Assis sur un fauteuil de bureau, il est vu jusqu'aux genoux. Le corps est de trois quarts, la tête se présente de face. L'épaule gauche remonte légèrement et la tête oblique un peu sur l'épaule droite. Les mains posent à plat sur les genoux écartés. C'est l'attitude de l'homme qui vient, de parler, écoute et. Bertin est vêtu d'une redingote et d'un pantalon noirs, avec cravate blanche et gilet de soie puce.

Une clef de montre et un cachet retombent entre le gilet et le pantalon. Le modèle avait alors soixante-six ans. Très beau dans sa jeunesse, il offre encore de grands traits, empreints d'intelligence et de fermeté; son corps replet dénote une vigueur que l'âge n'a pas entamée. Il est dans la plénitude de sa force physique et morale. Les cheveux, d'un gris ardoisé, sont épais sur le front haut; le cou est puissant dans le visage brun et rasé, que le sang colore, les yeux châtains s'ouvrent largement; sous le nez droit, la bouche est admirable de finesse et de fermeté.

L'exécution réunit à un haut degré ces deux mêmes qualités, fermeté et finesse. Elle est large et précise. En outre, elle est harmonieuse, par un mérite que n'offrent pas toujours les tableaux d'Ingres. Dessin et couleur s'y valent. Les teintes sombres des vêtements, les notes colorées ou claires du visage et des mains, s'enlèvent et s'accordent sur un fond havane. L'huile, en jaunissant avec le temps, a revêtu la toile d'une teinte dorée, qui lui donne l'aspect d'un portrait de vieux maître.

Comme pour souligner la précision attentive que le peintre a mise, comme toujours, dans ce travail fait de verve, ce qui, chez lui, est plus rare, il a employé un procédé dont l'exemple le plus célèbre se trouve sur la châsse de sainte Ursule, peinte par Memling, à l'hôpital Saint-Jean de Bruges, où les objets environnants se reflètent avec une fidélité de. Le beau vieillard que représente ce portrait, LouisFrançois Bertin, toujours connu sous le nom de Bertin l'aîné, et frère de Bertin de Veaux, est un grand nom de la presse française, l'un des trois plus grands, avec ËmUe de Girardin et Villemessant, qui lui ressemblaient d'ailleurs si peu.

Il est aussi le type du bourgeois français dans la première moitié de ce siècle il représente: Il faut lire, pour le bien connaître, l'étude complète que lui a consacrée un allié de sa famille, Léon Say, qui fut en son temps le grand bourgeois que Bertin l'aîné fut dans le sien'.

Il était né d'un père picard et d'une mère briarde, c'est-à-dire qu'il réunissait la ténacité et l'esprit pratique, l'humeur combative et la rectitude du jugement.

Sa famille remplissait des fonctions de haute domesticité, une sorte d'intendance, dans une famille noble. II fut élevé dans les idées de liberté constitutionnelle que Montesquieu avait formulées au début du siècle, 1.

Rousseau avaient réchauué l'esprit voltairien. Il était partisan des réformes qui devaient mettre plus de justice dans le gouvernement de la France et, surtout, dans l'organisation de la société.

Il embrassa-donc avec ardeur les idées de la Révolution à ses débuts, mais ses excès lui inspirèrent bientôt horreur et terreur il était, comme la bourgeoisie française, humain et équilibré.

Robespierre te rendit royaliste, et dans les journaux modérés du temps, il fit aux jacobins une guerre courageuse. En , il achetait ung petite feuille, le Journal des Débats et Lois du pouvoir législatif et des actes du gouvernement. Il l'agrandissait, le transformait, lui donnait peu à peu tous les organes du journal moderne articles de fond sur la politique française et étrangère, correspondances, critique littéraire, dramatique et artistique.

Il y soutenait les opinions de la classe moyenne. Cette classe, éclairée et riche, avait le sentiment da sa victoire et voulait l'organiser, à égale distance du despotisme et de l'anarchie. Elle était prête à soutenir tout gouvernement qui lui donnerait la principale. Elle réserverait sa part à la noblesse, une part restreinte, sans privilèges. Royer-Collard allait incarner cet esprit à la tribune et Bertin l'aîné dans la presse.

Mais, pour cela, il fallut attendre , car le despotisme impérial ne pouvait s'accommoder de cette doctrine. Rentré en possession de sa feuille, Bertin soutint la Restauration dans la mesure où elle favorisait les intérêts bourgeois; il la combattit dans son effort pour revenir à l'ancien régime.

Il eut un puissant auxiliaire dans Chateaubriand, mais il se servit du grand égoïste plus qu'il ne le servit. Il fut toujours le maître dans son journal et seul responsable. Les articles n'étant pas signés, il les modifiait à son gré, de sorte qu'ils ne traduisaient que son opinion. Cette opinion était celle de la classe la plus influente et la plus riche. Bertin était honnête et pratique, clairvoyant et habile, courageux et tenace. En i8SO, les Débats.

Lorsqu'il mourut, en i84i, sans avoir voulu entrer dans les Chambres ni dans l'administration, il voyait la bourgeoisie censitaire, sous un roi de son choix, maîtresse de la France. Il ne prévoyait pas , conséquence logique de l'abus du pouvoir par une classe, moins oppressive que l'ancienne noblesse, mais aussi égoïste et aussi aveugle.

Il croyait fort éloigné encore, s'il devait jamais arriver, cet avènement de la démocratie, qui était tout prochain, et qui, contrarié, comprimé ou dévié, mais toujours en marche, poursuivra sa victoire à travers la seconde moitié du siècle. Ce caractère droit et adroit, cette nature fine et forte, ce rôle habile et logique, Ingres les a saisis et fixés dans une vue de génie et avec une maîtrise de moyens, où l'on ne sait qu'admirer le plus, de la simplicité ou de l'art.

Avec cette image, il a vraiment dressé l'apothéose de la. L'allocution suivante a été lue par M. Mounet-Sully, le 6 août , à Montauban, devant le monument d'Ingres, au cours des fêtes célébrées en l'honneur des c Cadets de Gascogne où je devais prendre la parole.

Je l'insère ici comme complément à l'étude précédente sur Ingres. Vous savez le triste devoir que m'impose la mort de Charles Garnier et qui me retient à Paris, mais vous avez cru que, ne pouvant être avec vous de ma personne, je devais vous prouver que ma pensée vous suivait.

Devant le monument consacré à la gloire d'Ingres, sur cette terrasse qui domine la plaine de la Garonne et d'où le regard s'étend jusqu'à la chai ne bleue des Pyrénées, j'aurais voulu apporter au grand artiste l'hommage de l'Académie des beaux-arts, qu'il honora pendant quarante-trois ans, et dire tout ce qu'il eut d'amour pour la lumière, de passion pour la beauté et d'adoration pour la ligne, dans ce pays où il naquit et où ses yeux d'enfant se remplirent d'idéal.

Avec le sentiment religieux du bien et l'adoration constante de la nature, dans le culte intransigeant de l'idéalisme, ce qui caractérise surtout le génie d'Ingres, c'est la volonté réuéchie et l'énergie tenace.

En cela il était bien le fils de sa race et de son pays. Capitale du Haut-Quercy, Montauban concentre la forte sève des chênes. Toute voisine de l'élégance languedocienne, la ville blanche et rose qui commande du haut de sa colline abrupte la plaine qu'arrose le Tarn a prouvé qu'elle sait élever jusqu'à l'héroïsme la sincérité de ses convictions.

Comme Toulouse autrefois, elle a fait reculer de grandes armées; elle a bravé Louis XIII elle a vu la bannière royale s'incliner devant son blason.

Dans la diversité des croyances, il attestait le même courage. A ses yeux l'art était une religion. II mettait à la pratiquer et à la servir la ferveur et le respect qui ne se trouvent d'ordinaire que dans les temples.

Raphaël '1 était le dieu de cette religion, et il prétendait la continuer selon les mêmes rites. Heureusement, il avait l'amour du vrai au même degré que celui du beau et, devant la nature éternelle, il ne songeait plus qu'à elle.

Aprèsavoir longuementcontemplé les toiles,lesfresques et les cartons du divin maître, il se plaçait devant le modèle vivant, l'observait avec un frémissement d'admiration, et le reproduisait avec un scrupule de fidélité que les plus grands réalistes n'ont pas surpassé.

Dès ses premières compositions, si académiques et si voulues, il montrait dans le moindre détail un naturalisme visible à travers l'artifice des intentions et des groupements. Sa toile maîtresse, le. Au seuil de la vieillesse, il retrouvait pour peindre la Source, merveille incomparable de grâce et de fraîcheur, le charme pur de la première jeunesse.

Du reste, Montauban possède les preuves accumulées de cette conscience dans la poursuite du vrai, avec la collection de dessins que le maître. Il y a là un trésor que peuvent lui envier toutes les capitales de l'art et, si la commémoration que vous faites aujourd'hui du grand artiste avait pour résultat de grouper les bonnes volontés afin de mettre ce trésor en pleine lumière, les fêtes de Gascogne mériteraient beaucoup de l'art français.

Il n'est pas donné à un seul homme de posséder toute la vérité, et aucun artiste, si puissant qu'il soit, ne peut se flatter d'enfermer dans sa formule l'infinie variété de la nature et de la vie. Ingres représentait l'esprit classique et sa lutte contre le romantisme. Ni l'une ni l'autre des deux Écoles n'a vaincu et supprimé sa rivale, car chacune d'elles répond à un besoin éternel de la nature humaine, tradition et invention, raison et passion, vérité et idéal.

Aujourd'hui, l'admiration de la France a réconcilié dans la gloire Ingres et Delacroix. La lutte qu'ils ont incarnée durera autant que l'imitation de la nature par l'homme. Souhaitons à l'art français de susciter en chaque siècle des maîtres qui opposent avec autant de grandeur et d'éclat les deux aspects permanents du même modèle. J'ai contemplé souvent, il y a déjà bien des années, sous les arbres qui l'ombragent, la figure volontaire d'Ingres, assise devant la reproduction en bronze de l'Apothéose d'Homère.

Je ne me doutais guère alors que j'aurais un jour l'honneur d'être adopté par les artistes qui enseignent et produisent dans l'Académie et l'pcole qu'Ingres a illustrées. Je puis dire que j'ai commencé mon initiation à l'art dans le musée de Montauban et, en même temps qu'un tribut d'admiration, je paie aujourd'hui une dette de reconnaissance. Le musée du Louvre possède quatre toiles de J. Les deux secondes proviennent de dons particuliers.

Ce tableau avait été commandé à Millet en et payé francs. Placé dans les salons du ministère de l'Intérieur, il a été remis à la direction des beaux-arts en août C'est une conséquence, entre bien d'autres, des partis-pris qui inspiraient au cours de ce siècle l'action de l'Ëtat en matière d'art.

Ce dogmatisme inintelligent a pris fin, mais il a fallu longtemps pour que l'administration des beaux-arts comprît que son premier devoir était l'impartialité entre les écoles et que l'État devait se proposer pour seule esthétique de constater le talent, pour seul but de constituer dans ses musées une histoire suivie eL complète de l'art français.

L'artiste mourut trop tôt, le 20 janvier , pour commencer son travail. Auparavant, le 2 novembre , sur la demande d'Alfred Sensier, ami du peintre et fonctionnaire, Romieu, alors directeur des beaux-arts, après avoir écrit au préfet de Seine-et-Marne pour se renseigner sur la conduite matérielle et morale de Millet, établi à Barbizon, car le peintre avait la réputation d'un démagogue, —lui avait commandé pour. Je ne sais ce qu'il est devenu. En ajoutant que, le 15 août , Millet fut nommé chevalier de la Légion d'honneur, après dix-sept ans de production et de maîtrise, j'aurai dit toutes ses relations avec l'État.

Il y a là un enseignement. H y en a un autre dans l'histoire des deux donations qui ont assuré au Louvre le Printemps et les Glaneuses. En , Millet était entré en rapports avec un grand manufacturier de Munster, en Alsace, Frédéric Hartmann, amateur d'un goût large et fin, épris surtout de l'école paysagiste.

Hartmann avait fait en même temps d'importantes commandes à Millet et à son ami Théodore Rousseau. Le Printemps du Louvre est une de ces commandes.

Le 25 juillet , après la mort de Frédéric Hartmann, sa veuve, née Sanson Davillier, écrivait au ministre des beaux-arts, Eugène Spuller. En souvenir de mon mari, qui a été, durant de longues années, le soutien, l'ami et l'admirateur passionné des deux ermites de Barbizon, Millet et Rousseau, j'aimerais offrir au Louvre la grande toile de Millet intitulée Le Printemps.

Ni l'administration, ni les 'donateurs n'avaient encore l'habitude des offres de ce genre, malgré les legs considérables déjà faits au Louvre, comme celui de la collection Lacaze. On aura remarqué de quelle manière discrète Mme Hartmann exprime son souhait. Elle craint, dirait-on, de voir sa demande rejetée. De son côté, l'administration montre peu d'empressement à accepter. L'affaire traîne et Mme Hartmann s'étonne, par une seconde lettre, de ne pas recevoir de réponse.

Les Glaneuses parurent au salon de Ce sont des épouvantails de haillons plantés dans un champ, et, comme les épouvantails, elles n'ont pas de visage une coiffe de bure leur en tient lieu.

Millet paraît croire que l'indigence de l'exécution convient aux peintures de la pauvreté sa laideur est sans accent, sa grossièreté sans relief. Un teint de cendre enveloppe les figures et le paysage; le ciel.

La critique d'art n'a pas de privilège de ces excès et de ces brutalités, mais, entre tous les genres de critique, elle est celui qui les pratique le plus violemment. Et cela tombe sur les natures les plus sensibles et les amours-propres les plus douloureux.

En revanche, les éloges se produisaient aussi, très enthousiastes. Millet, disait Edmond About, peint avec une austère simplicité des sujets simples. Vous aimeriez apporter un nouvel élan à votre vie de couple? Nous avons peut-être la solution: Rencontre sans-lendemain à Frontignan: Vous souhaitez mettre du piment dans votre relation?

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La Tour comble préférer, comme teinte générale, une sorte d'harmonie bleue qui baigne la composition d'une atmosphère azurée. Ce ne sont pour lui que des moyens pour atteindre son 'but, qui est de saisir la vie individuelle. Ce maître de tous les secrets dans la pratique de son art est un des artistes les plus simples et les plus sains qu'il y ait.

Aussi n'en est-il guère dont l'étude soit plus attachante et plus profitable. C'est pour cela que M. Henry Lapauze a conçu l'idée de réunir en une seule publication la reproduction fidèle de tous les pastels de Saint-Quentin, grands portraits et simples préparations'.

Il a pensé qu'il y avait là un précieux moyen d'étude; que les artistes aimeraient à regar1. Les pastels de M. Maurice Barrès', il décrit en détail, et pour la première fois, chacun des quatre-vingt-sept tableaux exposés à l'hôtel Lécuyer. Ces tableaux sont reproduits avec toute la perfection de la photographie contemporaine, et, à défaut du coloriste encore insaisissable pour elle, le dessinateur s'y laisse étudier dans les moindres coups de son crayon.

Lapauze rend ainsi un grand service à ceux qui ont fait le pèlerinage de Saint-Quentin, à ceux qui le feront et surtout à ceux qui ne peuvent le faire. Il a commencé par étudier la statuaire et il s'en était suffisamment rendu maître pour que ses anciens confrères de l'ébauchoir et du ciseau l'eussent élu secrétaire du jury de sculpture à l'Exposition universelle de Aussi a-t-il pu faire de la critique d'art avec une compétence fort rare, car si tout critique, par cela seul qu'il écrit, fait ses preuves dé compétence littéraire, combien de gens s'improvisent juges de tableaux et de statues sans rien savoir des procédés techniques de la peinture et de la sculpture!

Il est lié avec Victorien Sardou d'une vieille amitié, qui' ne vient pas seulement du théâtre et de ce que lui aussi fut son collaborateur dans les. Ils l'ont nourrie dans le séjour de Versailles et les longues promenades à travers le château, le parc et les deux Trianons.

Gillè, lui, habitait à Versailles même, en face du château, un charmant hôtel qui appartint à la famille de Papillon de La Ferté, intendant des menus plaisirs et directeur de l'Opéra sous Louis-XVI. A eux deux, Sardou et Gille ont rendu de grands services à la demeure de Louis XIV, rappelant à une administration parfois négligente ses devoirs d'entretien et de restauration, lui signalant.

Sardou se borne à utiliser sa connaissance de l'histoire comme auteur dramatique et, dans l'occasion, comme polémiste. Gille met au service de l'histoire artistique ses goûts d'amateur et de chercheur, comme aussi son art de mise en scène et son talent d'exposition spirituelle.

II a déjà publié deux grands ouvrages sur le palais et le parc de Versailles. Marcel Lambert, architecte des deux châteaux, pour les relevés et les dessins. C'est l'idéal de la double compétence qu'il faut à une telle ceuvre.

Comme éditeur, ils ont la maison Mame, et c'est tout dire. Les trois premières livraisons viennent de paraître. Forme et fond, texte et illustrations, elles promettent un des plus beaux livres d'art que nôtre siècle ait produits. Et ce livre est consacré à l'un des édifices les plus riches et les plus typiques qui soient au monde'. Par une heureuse concurrence. Philippe Gille et Marcel Lambert, commençait celle de M.

Ce n'était plus une création incohérente, factice et. Mais, par cela même, le Louvre ne pouvait plus suffire à une ère nouvelle. Il appartenait au passé; le présent voulait une demeure à sa taille et à son image. Le jeune roi avait subi dans Paris, au Palais-Royal, l'insulte de l'émeute; il avait dû quitter sa capitale en fugitif.

Sa grandeur et sa majesté réclamaient une demeure inviolée. Il prétendait donner ,comme cadre à son existence entourée d'un culte un séjour conçu pour elle. Il avait dans l'esprit un idéal de beauté et de noblesse il voulait le réaliser par le concours de tous les arts et en parer sa gloire.

Il décida la construction de Versailles. Et tandis que l'esprit français,atteignait son apogée par le développement équilibré de toutes ses facultés,.

Il en est résulté un ensemble incomparable par la grandeur et l'unité. Toutes les parties de Versailles, quelle qu'en soit la valeur propre, se subordonnent à l'effet d'ensemble.

L'architecture, reine de l'art, domine et règle toutes ses autres formes. Les lignes se groupent et s'équilibrent, convergent et s'unissent, dirigées par une pensée unique. Du côté du jardin, véritable façade du palais, s'avance au centre le corps de logis où habite le maître et dans lequel, devant sa chambre et son antichambre, la galerie des Glaces offre à ses fêtes un théâtre rectiligne et éclatant.

De la terrasse qui porte ce corps de logis, un escalier gigantesque descend vers le parc, qui est comme un immense salon en plein air, meublé de massifs, de bassins, de jets d'eau, de groupes statuaires, transition entre le palais et la campagne, l'art et la nature; Il y a des ensembles plus gracieux il n'y. Il n'y en a. Les petits appartements avaient été aménagés pour loger la marquise de Pompadour, et autour des Trianons, par lesquels Louis XIV et Louis XV avaient comme atténué, en la prolongeant, la noblesse royale de Versailles, Marie-Antoinette avait disposé son hameau et ses jardins d'opéra-comique, le temple de l'Amour, Ip belvédère et le théâtre.

Voici le printemps, et jusqu'à l'automne lès visiteurs vont affluer à Versailles et aux Trianons. Simples curieux et artistes, Français et étrangers, bourgeois en partie de campagne et caravanes de Cook's, promeneurs guidés par un rêve de littérature. Ils verront, de la terrasse, le soleil se coucher au loin, derrière la pièce d'eau des Suisses, et il leur semblera que les armes parlantes de Louis XIV surgissent au-dessus de son palais, dans l'éclat de leur orgueil et la tristesse de leur gloire évanouie.

Ils parcourront les allées de Trianon à l'heure où elles parlent le langage le plus pénétrant, par les après-midi d'automne, lorsque les feuillages ont déjà reçu la teinte dorée qui annonce leur chute prochaine.

Je leur souhaite pourtant de fortifier par un correctif vigoureux et sain l'impression de dilettantisme stérile et d'amollissante langueur qu'exhalent, si l'on n'y résiste pas, les visites rêveuses à Versailles et aux Trianons.

Le Jeu de Paume s'ouvre à quelques pas. Il déroule tout ce que notre siècle a fait de grand depuis Avec les guerres de la Révolution et de l'Empire, l'Afrique et la Crimée, la grande leçon de J, l'effort grandiose qui tend, depuis trente ans, à organiser une démocratie de Quarante millions d'hommes, à réaliser la justice et. Malgré tant de difficultés et de tristesses, d'illusions et d'erreurs, notre race n'a point renié son idéal de pensée et d'action.

Rien n'est salutaire et réconfortant, au sortir de Paris, comme une promenade à Versailles et aux Trianons. C'était inévitable à cette heure, la littérature napoléonienne bât son plein.

Il est même surprenant que Joséphine n'ait pas eu plutôt son tour, car son existence est un drame tout fait, avec le mélange de tragique et de comique qui est la loi du genre, avec péripéties, contrastes, exaltations et catastrophes, tous les ingrédients de la cuisine dramatique.

Le théâtre ne' nous doit pas la vérité, mais l'intérêt. Il ne nous offre donc, à la Porte-Saint-Martin, que la Joséphine conventionnelle. Le tout est qu'elle soit attachante. L'information de l'auteur est immense et son scrupule infini; il a la passion de la vérité complète et il la dit en toute franchise. J'avais d'abord deux griefs contre sa méthode il n'indiquait jamais ses sources et il imitait le style des Goncourt.

C'était trop de modestie, car il aurait pu étaler en notes autant de références que Taine ou Henry Houssaye et, tandis que le style des Goncourt, original dans le roman, est bien fatigant dans l'histoire, avec sa trépidation et son papillotage, le sien, lorsqu'il se dégage de cette fâcheuse influence, a ses mérites propres d'énergie et de couleur.

Or, il annonce que, dans son dernier volume, il donnera l'indication de ses sources, et plus il avance, plus il se dégage du goncourisme.

Tout compte fait, on sent qu'il dit vrai, en attendant qu'il le prouve. Sur une période et des personnages que la légende et l'adulation avaient profondément dénaturés, il nous permet enfin un jugement éclairé et libre. L'histoire de Joséphine était comme entourée d'un nuage et couronnée d'un nimbe. Sous Napoléon III, son petit-fils, le mot d'ordre avait été d'amplifier cette légende et de montrer, dans la première femme de l'Empereur, comme un bon génie. Elle l'aurait rendu pleinement heureux et lui aurait porté bonheur.

Irréprochable et résignée, ell aurait emporté après le divorce, dans sa retraite de la Malmaison, un trésor d'irréparable tendresse et comme un talisman qui préservait du malheur. Plus encore que l'expédition de Russie, ce divorce aurait été la grande faute de Napoléon, un acte d'ingratitude et de barbarie. Le second Empire tombé, à mesure que la curiosité sur le premier se faisait plus exigeante, nuage et nimbe se dissipaient.

Les écrits du temps remis en lumière et la publication de nouveaux documents découvraient la vraie Joséphine. Ces actes et ce. Le hasard l'avait mise sur la route de Bonaparte et, par sa beauté mûrissante, sa grâce. Elle n'avait vu, dans ce mariage, qu'un établissement et n'avait en rien partagé les sentiments qu'elle inspirait, gardant avec Barras des rapports de bonne amitié, ou même davantage, s'il faut en croire ce cynique indiscret.

Tandis que Bonaparte commence une épopée en Italie et dévoile brusquement le plus complet génie que le genre humain ait connu, elle reste froide. Elle continue à n'aimer qu'elle-même et à chercher son plaisir. Elle choisit très bas et prend comme amant un M. Charles, petit officier bellâtre et sot. Bonaparte revient et il faut bien quitter le Charles, mais elle le reprend pendant l'expédition d'Égypte, avec un tel scandale que Bonaparte apprend tout et revient décidé à la rupture.

Lorsque arrive l'écroulement de. Tandis que Napoléon vaincu abdique et part pour l'île d'Elbe, elle reçoit avec empressement à la Malmaison Alexandre vainqueur, se montre flattée de ses hommages et le traite en ami. La mort coupe court à ce scandale Joséphine succombe à une fluxion de poitrine contractée pendant une promenade avec l'empereur de Russie aux étangs de Saint-Cucupha. Et c'est la garde impériale russe, qui, ses armes encore rouges de sang français, lui rend les honneurs funèbres.

Elle est obstinément dissimulée et foncièrement menteuse. Elle n'est pas seulement dépensière par coquetterie, elle est gâcheuse à un degré surprenant. Son esprit est resté petit et ses goûts bas elle ne se plaît que dans la société des subalternes, bavardant et commérant avec ses femmes, ses fournisseurs, des diseurs et des diseuses de bonne aventure.

Ce qui l'a protégée longtemps devant l'Empereur et défendue encore plus longtemps devant la postérité, c'est son charme et sa bonté. Elle était charmante grâce aux ressources de sa nature créole, de son éducation mondaine, de sa coquetterie raffinée, de son calcul obstiné, tantôt sentimentale et tantôt espiègle, mutine comme une fillette et noble comme une grande dame, toujours gracieuse et d'un tact très sûr dans l'art d'attirer et de retenir.

Elle était bonne, c'est-à-dire inoffensive, généreuse par désir de plaire et besoin de prodigalité. Elle savait trouver le mot qui enchante et double le prix du don par la manière de donner. Frédéric Masson prouve tout cela par une écrasante profusion de faits, et il l'excuse avec une indulgence dédaigneuse.

C'est qu'il est, à la fois, féministe et misogyne. Par essence, dit-il, elles sont telles, ou à peu près. Je crois qu'il exagère. Sans prendre Lucrèce ou Jeanne d'Arc comme termes de comparaison avec le gentil petit oiseau des îles que fut Joséphine, et pour rester dans la catégorie de femmes où l'avait rangée sa prodigieuse destinée, elle fait petite figure au regard de MarieAntoinette, qui eut bien des faiblesses et commit bien des erreurs, mais qui fut vraiment reine, lorsqu'il le fallut.

Elle n'est qu'une parvenue dans le groupe des femmes couronnées. Elle se rapprocherait plutôt des maîtresses royales, supérieure à une Du Barry, inférieure à une Pompadour. Il convient de dire à sa décharge qu'elle ne fut pas seule de son espèce. D'autres, nées sur le trône, n'ont pas été plus égales à leur destinée et méritent moins d'indulgence, car, outre l'hérédité, elles avaient reçu dès le berceau l'éducation et les exem-.

Celle-ci, toujours gâtée par la fortune, a eu un dernier bonheur, le plus grand de tous, devant Napoléon et devant l'histoire, celui d'être remplacée par Marie-Louise. Or, fille de petite noblesse coloniale, Joséphine avait quelque chose de la grande dame, et Marie-Louise, archiduchesse d'Autriche, n'était d'essence qu'une petite bourgeoise allemande, sensuelle et niaise.

Au demeurant, il n'y a pas lieu de regretter la légende de Joséphine, même pour les fervents de l'Empereur. Il est assez grand pour n'être pas diminué entre ses deux femmes; leur petitesse à toutes deux fait même ressortir telles de ses qualités.

Puis, il y a, je ne dis pas seulement le droit, mais le devoir de l'histoire, c'est-à-dire la recherche attentive, scrupuleuse et déférente de la Vérité'; la Vérité, salutaire par elle-même, supérieure à tout et à laquelle notre pauvre humanité doit sa seule noblesse. Tout est vain et dangereux en dehors d'elle, surtout le culte des héros, qui est un des résultats bienfaisants de l'histoire, mais à la condition d'être éclairé.

Tout coin de terre se prête à l'exercice de la loi fatale qui pèse sur l'humanité, la guerre, survivance éternelle de la férocité primitive et exercice des pires instincts comme des plus hautes vertus.

D'autres fois, la nature semble avoir multiplié à plaisir les accidents de terrain, qui vont être le décor du drame, comme dans ces défiles de l'Argonne qui, au début de la Révolution, furent les Thermopyles de la France. Banal ou pittoresque, le terrain arrosé par le sang de l'homme et marqué par un arrêt du destin, prend désormais un.

Une colline qui soulève à peine l'égalité de la plaine, un mince cours d'eau, un petit bois, quelques pans de mur reçoivent une consécration des faits où ils ont joué. Ainsi, en Belgique, à quelques lieues de la frontière française, cette plaine largement ondulée, qui commence à Charleroi et vient mourir aux portes de Bruxelles, la plaine de Waterloo.

En soi, elle n'offre rien qui mérite d'arrêter le regard. Les vallons se ressemblent entre eux comme les vagues sur la mer; des villages insignifiants, Genappe, Plancenoit, Mont-Saint-Jean, Chapelle-Saint-Lambert, se succèdent, aux plis des terrains ou sur les crêtes, à peu près pareils dans leur banalité. Mais un jour des masses d'hommes se sont ruées là, venues des quatre coins de l'horizon, les Anglais et les Écossais de Wellington, les Poméraniens et les Brandebourgeois de Blûcher, les Hollando-Belges du prince d'Orange; de l'autre côté, l'armée la plus nationale, la plus foncièrement française qu'ait eue la France, entre les armées de l'ancien régime et celles de notre temps.

Là s'est décidée, en une journée suprême, la lutte poursuivie durant un quart de siècle entre les vieilles monarchies d'Europe et la Révolution française.

Dès lors, les moindres aspects de ce terrain, naturels ou artificiels, ont pris une physionomie expressive, comme un visage humain sur lequel a passé quelque grande épreuve. Ils ont joué un rôle dont les effets se poursuivent encore et pèsent sur l'histoire du monde. Il a suffi de ce chemin creux, le chemin d'Ohain, qui court entre ses berges à la crête du plateau, pour assurer la défaite des uns et la victoire des autres.

Ce château ruiné, Hougoumont,. Les phases de chaque journée et leur aspect général sont aussi variés que les caractères propres à chaque champ de bataille. II est facile de railler ou de maudire l'uniformité sanglante de la guerre. Ce sont toujours des hommes qui se jettent les uns sur les autres pour se déchirer? Sur ce thème, les esprits les plus divers se rencontrent dans un même sentiment.

En réalité, la physionomie des batailles change de siècle en siècle. Les vertus que la guerre met en jeu les plus belles dont l'homme soit capable mépris de la souffrance et de la mort, solidarité et discipline, dévouement à une idée, culte de l'honneur restent les mêmes dans leur essence, mais elles s'exercent de manières très variées. L'hoplite grec et le légionnaire romain étaient également braves; ils ne se battaient pas de la même façon.

Un chevalier bardé de fer affrontait la mort avec une autre allure, d'autres gestes, d'autres sentiments que le franc-archer des communes. Les zouaves d'Afrique ont réduit Abd-el-Kader par des qualités différentes de celles que déployaient les grenadiers du premier empire en culbutant les gardes autrichienne et russe.

Un de nos meilleurs historiens militaires, M. Charles Malo, a eu l'idée de grouper dans un tableau d'ensemble, les diverses physionomies qu'ont présentées les batailles à travers l'histoire de France, en empruntant autant que possible les récits mêmes des contemporains, en prenant à chacun de ces récits ce qu'il y a de plus caractéristique'. Il en est résulté un beau livre, émouvant comme la plus belle épopée, mais une épopée vraie.

On y voit tout ce qu'il a fallu de sang pour faire la patrie française et cimenter son unité, de combien de héros sont héritiers et mandataires les soldats qui portent aujourd'hui les armes de la France et entourent son drapeau. On s'y pénètre surtout de cette vérité que toutes les discussions philosophiques et autres sur la guerre ne prévalent pas contre cette constatation imposée par l'histoire que, des lois qui ont présidé à sa formation, comme de sa situation géographique, résulte pour la France la nécessité d'être une grande puissance militaire, si elle veut, je ne dis pas continuer son développement, mais seulement maintenir l'oeuvre des ancêtres.

Il n'y aurait pas eu de France sans les chefs et les soldats qui ont gagné les journées de Bouvines, de Denain et de Valmy. Car la gloire ne se fait pas seulement avec des succès. Le courage déployé dans la défaite, l'obstination contre la fortune, la ténacité des soldats improvisés contre les. Louis XIV dut la paix en , non pas à la seute victoire de Denain, mais au respect qu'éprouvait l'Europe coalisée pour les soldats battus à Malplaquet et à Ramillies.

Napoléon ne fut jamais plus grand que dans la désastreuse campagne de Le livre de M. Malo s'ouvre par Bouvines et se ferme sur les batailles de , dont une des plus typiques est Champigny.

Dans la première, Philippe Auguste arrêtait l'empereur d'Allemagne au seuil de la France; dans la seconde, le général Ducrot essayait vainement de rompre l'investissement de Paris.

Bouvines est un plateau étroitement circonscrit entre des fonds marécageux et une forêt jadis très épaisse. Les deux armées s'y heurtèrent de front, par toute leur masse, avec une obstination de béliers luttant tête contre tête. Champigny est une vaste plaine, traversée par la Marne qui forme en se repliant une large boucle, et bordée par une longue ligne de hauteurs. De Bouvines à Champigny, sept siècles ont profondément modifié les conditions de la guerre.

A Bouwines, le combat corps à corps était encore la règle;. Ici deux énormes masses d'hommes se cherchaient, s'évitaient, 1, et rusaient l'une avec l'autre sans arriver à se déloger mutuellement de leurs positions. Là, deux petits corps s'abordaient franchement et la journée ne finissait que par la fuite du vaincu. A Bouvines, on ne se battait guère qu'à l'arme blanche alors la reine des batailles, et les armes de jet, presque aussi élémentaires qu'aux premiers jours du monde, jouaient un rôle tout secondaire.

Il fallait des circonstances exceptionnelles pour que les archers, comme à Crécy, eussent une part importante dans le résultat. La force physique, depuis le roi jusqu'au dernier de ses soldats, la qualité des armes offensives et défensives, la supériorité du cavalier sur le fantassin et du noble sur le vilain pesaient d'un poids décisif dans la balance.

A Champigny, le canon et le fusil ne laissaient à la baïonnette qu'une action épisodique; la discipline et la cohésion étaient tout; le rôle de la cavalerie fut à peu près nul. Il est aussi méritoire de rester immobile sous le feu et de recevoir au poste fixé la mort venue de loin, que de se jeter sur l'ennemi et de choisir son adversaire pour un combat corps à corps. Même, il arrive encore, dans les guerres contemporaines, que chefs et soldats aient à se battre comme les chevaliers du moyen âge.

A Bouvines, le roi Philippe Auguste et l'empereur Othon coururent les. Tandis que les barons français chargeaient les piquiers allemands, qui avaient percé jusqu'au roi, celui-ci était renversé de cheval par une pique à crochet et il était perdu s'il eût été possible de faire passer une pointe de dague entre les joints de son armure. Pendant ce temps, les chevaliers français atteignaient l'empereur d'Allemagne et l'un d'eux lui déchargeait sur la tête un si furieux coup de masse d'armes, qu'il l'eût étendu mort, si le cheval de l'empereur, en se cabrant, n'eût préservé son maître et reçu le coup.

A Champigny, le général Ducrot enlevait ses troupes sur le plateau de Villiers, chargeait à leur tête avec son état-major et brisait son épée dans la poitrine d'un fantassin saxon.

Entre Bouvines et Champigny, la guerre suit une marche régulière et rapide vers la complication et le calcul. Elle impose au général des qualités d'esprit de plus en plus nombreuses; elle demande au soldat, comme vertus principales, l'obéissance passive, l'abnégation et la ténacité. Un siècle et demi après Bouvines, à Crécy, les Anglais doivent là.

La force morale retrouve son importance capitale au temps de Jeanne d'Arc; entre le siège d'Orléans et le sacre de Reims, la France prouve qu'un peuple peut réparer une longue suite de désastres et tourner à son avantage une situation désespérée, lorsqu'un grand sentiment le soulève et introduit dans le jeu des batailles son facteur tout-puissant.

Marignan et Pavie montrent le rôle décisif que va désormais jouer l'artillerie. Le xvf siècle n'innove guère en France dans la stratégie et la tactique, car c'est un temps de guerres civiles, où de petites armées procèdent plutôt par coups de main que par opérations méditées et de longue haleine. Les tentatives de l'Espagne pour prendre la France comme dans les branches d'une. Si l'homme de guerre, chez Henri IV, est de premier ordre, l'homme d'État le surpasse encore, et c'est le diplomate plus encore que le général qui débarrasse la France des ligueurs et des Espagnols.

La grande guerre recommence et achève de devenir la guerre moderne avec Condé et Turenne. L'effort vers le combat et la préparation de celui-ci, autant que le combat luimême, donneront la mesure de ce que valent le chef et ses soldats.

Aussi, les théoriciens de la guerre font-ils remonter à cette époque les études d'histoire rétrospective qui leur semblent capables d'éclairer le présent. Dès le début de sa carrière, à Rocroy, il méritait le gain de la bataille par une inspiration de génie. L'infanterie espagnole a rompu l'aile gauche de son armée, tandis que lui-même, avec sa cava-.

Il se trouve ainsi, dit le duc d'Aumale, t derrière la ligne espagnole avec ses escadrons victorieux; il fait exécuter à sa ligne de colonne un changement de front presque complet à gauche, et aussitôt, avec un élan incomparable, il la lance, ou plutôt il la mène en ordre oblique sur les bataillons qui lui tournent le dos f.

Mais, si Condé mérite pleinement sa grande réputation militaire, le premier des généraux modernes est Turenne. Stratégiste et tacticien, prudent et hardi, méditatif et prompt, humain et ménager du sang de ses soldats, il est peut-être le plus parfait et le plus complet des généraux modernes.

Il a brûlé le Palatinat, sur l'ordre de l'impitoyable Louvois, mais, s'il n'eût dépendu que de lui, il aurait toujours conduit la guerre de manière à diminuer le plus possible ses maux inévitables. Un groupe de généraux habiles et brillants forme comme l'école du grand capitaine, chacun avec sa physionomie et son originalité, dans l'imitation du maître commun.

Ce sont le hardi Luxembourg, le brillant Villars, l'heureux Vendôme, le sage Vauban. Comme le flux et le reflux d'une mer, la guerre est tantôt sur le territoire conquis, tantôt sur le territoire à conquérir. Les somptueux équipages de la cour les suivent, tels que Van der Meulen les a représentés, chargés de dames en grande toilette et marchant vers les villes qui élèvent au-dessus des bastions géométriques les clochers de leurs cathédrales et les beffrois de leurs hôtels de ville. Elle n'obéit plus, comme sous le règne précédent, aux desseins d'une politique habile et ferme.

Elle promène des régiments vêtus de couleurs tendres sous des gënéranx dont le seul qui approche du génie militaire, le maréchal de Saxe, est un aventu-. Elle a des journées glorieuses et, au début, Fontenoy fait comme le pendant de Rocroy, mais, lorsqu'un Soubise prend le commandement, la désastreuse guerre de Sept Ans vaut à l'honneur français l'humiliation de Rosbach.

La Révolution commençait en terre française l'épopée militaire de vingt-trois ans qui s'ouvre sur notre frontière de l'Est par le matin de Valmy, brillant comme une aurore, réponse à l'insolent manifeste de Brunswick et arrêt de l'invasion prussienne, pour se clore à quelques pas de la frontière du Nord, en Belgique, le soir de Waterloo, à l'heure où le dernier carré de la vieille garde, survivant à une armée anéantie et contenant la pression de deux armées victorieuses, recule lentement vers la France pour laisser à l'Empereur le temps de gagner Charleroi.

De à , les levées en masse de la Révolution étaient devenues les immenses armées de l'Empire, les plus belles que le monde ait vues, et suivaient le dieu de la guerre dans toutes les capitales de l'Europe.

Mais, un an avant que Waterloo rouvrit le chemin de Paris aux Anglais de Wellington et aux Prussiens de Blücher, l'Europe entière avait pris sa revanche de ses longues humiliations. La campagne de , où Napoléon s'était surpassé lui-même en retrouvant, plus belles encore, les inspirations de sa première campagne d'Italie, avait eu le sol français. En quelques mois, la guerre de défense, après tant d'invasions en pays étranger, avait dû laisser à l'ennemi la ligne bleue des Vosges, les vastes plaines de Champagne, les villes riantes de l'Ile-de-France et cette lisière de parcs et de jardins qui, depuis Fontainebleau, forme comme la ceinture royale de Paris.

Les souvenirs de' et sont trop près de nous pour qu'il soit nécessaire de les rappeler longuement. Tant de sang versé l'a-t-il donc été en pure perte? Non, car ceux qui sont morts entre Wissembourget le Mans ont ajouté quelque chose à ce trésor de souvenirs glorieux ou tristes qui font l'âme d'une patrie.

Ils ont obligé le vainqueur au respect du vaincu dans le désastre matériel, ils ont sauvé le dépôt moral que se transmettent les générations solidaires. Au jour d'une guerre réparatrice, leur exemple serait un facteur des victoires espérées. Un beau tableau du peintre Édouard Detaille a traduit de manière saisissante cette solidarité militaire. Ils sont couchés au pied des faisceaux, sur lesquels le drapeau repose, roulé dans sa gaine, tandis que la sentinelle veille devant les armes.

Des rôves traversent leur sommeil lourd de fatigue, rêves de gloire, provoqués par le souvenir et l'exemple des aïeux. Ces rêves passent, distincts et confus, à travers les nuages, et le spectateur du tableau y voit ainsi comme le reflet du songe intérieur. Ce sont les demi-brigades de la République et les régiments de l'Empire, les combattants de Valmy et dléna, les Africains de Bugeaud, de Lamoricière et du duc d'Aumale, montant à l'assaut de Constantine et du pic de Mouzaïa, les beaux régiments de Magenta et de Solférino.

Elle survit dans celle du régiment qui va prendre les armes pour conserver la patrie faite pareux. Il n'y a pas de campagne aussi courte ni plus décisive que celle de ; il n'y en a pas qui ait suscité autant de livres ni, jusqu'à ce jour, de moins définitifs.

C'est que tous ses historiens la racontaient sans information complète et avec parti pris. Français, Anglais ou Prussiens, ils ne connaissaient pas toutes les sources de renseignements et ils subordonnaient la recherche de la vérité d'un côté au patriotisme, de l'autre à l'amour ou à la haine de Napoléon'.

Il a fallu trente ans, depuis le dernier en date des historiens de Waterloo, pour que la simple vérité reprît ses droits.

A mesure que le prestige du temps augmentait la gloire de Napoléon, le parti bonapartiste faiblissait et l'admiration du grand homme, 1. Il convient de faire une exception pour un petit livre anonyme, Précis de la campagne de dans les Pays-Bas, publie en à Bruxelles, dans une Bibliothèque internationale d'histoire mtlitaire.

De là, cet énorme mouvement d'études napoléoniennes, qui a commencé depuis tantôt dix ans, et que dominent à-cette heure les travaux de M. Frédéric Masson et de M. Si différents par; ailleurs, les deux écrivains ont ceci de commun qu'ils cherchent et disent la vérité complète sur Napoléon et son entourage. Sauf de très brèves mentions — dont deux trop dédaigneuses pour Charras, — M.

Henry Houssaye ne tient aucun compte de ses devanciers. Ils sont pour lui comme s'ils n'étaient pas; il ne leur emprunte rien; il ne consulte que les récits des témoins oculaires et les documents originaux. Il n'est, en principe, ni pour ni contre Napoléon; il ne le juge que sur ses actes, minutieusement contrôlés.

Il traite de même tous les autres acteurs du drame, premiers rôles ou comparses, depuis Ney, affolé aux QuatreBras, j jusqu'à Grouchy, éperdu sur la route de Wavre, depuis le général ménager de sa personne, qui refuse de remplacer Gérard blessé devant le moulin de Bierges, jusqu'au colonel sans passé militaire qui ne comprend rien à un ordre décisif et achève d'égarer le corps de Drouet d'Erlonj entre Gosselies et SaintAmand.

Cette méthode n'est possible que par le plus laborieux dépouillement de bibliothèques et d'archives. Il en est résulté un livre qui excite d'autant plus l'émotion du lecteur que l'auteur contient davantage la sienne. Aucune recherche de style, pas d'autre éloquence que celle des faits; à peine, cà et là, quelques pages où le frémissement intérieur du patriote laisse échapper un cri de joie ou de douleur. Ce livre est sobre et pratique comme une arme de guerre, d'une fermeté et d'une justesse très rarement brillantées.

Autant qu'il soit donné à l'homme et à un seul homme d'atteindre la vérité complète, M. Henry Houssaye nous la donne sur Waterloo. A aucun moment de la journée, devant 'Waterloo, Napoléon n'a compté sur l'arrivée de Grouchy et, loin de Napoléon, Grouchy exécutait mal des ordres viciés par une erreur initiale. L'armée a poussé l'héroïsme aussi loin que des hommes puissent le porter, et, dès qu'elle a senti la victoire lui échapper, toute sa force de résistance s'est évanouie dans la plus lamentable déroute.

C'est que l'Empereur, ses généraux et ses soldats, écrasés en par l'Europe coalisée, avaient perdu, avec leur confiance en eux-mêmes. Devant la formidable machine d'écrasement dont les branches convergeaient de nouveau sur eux, ils sentaient l'inutilité de l'effort.

Le plan de la campagne de est le plus beau peut-être que Napoléon ait conçu. Wellington et Blücher, cantonnés en Belgique, sont trop éloignés l'un de. Surpris, ils n'auront pas le temps de se concentrer et de se réunir. Napoléon, plus faible que tous deux réunis et plus fort que chacun d'eux séparés, veut les détruire l'un après l'autre. Pour cela, il se porte, avec une rapidité et un secret merveilleux, sur le seul point où ils puissent opérer leur jonction, le carrefour des QuatreBras, où se rencontrent les routes de Bruxelles, quartier général de Wellington, et de Namur, quartier général de Blücher.

Le 15 juin, au point du jour, il passe la frontière belge et marche sur les Prussiens. Il culbute leurs avant-postes devant Charleroi, et le malgré des a-coups et des retards dans les mouvements de ses divers corps, dont les chefs, mal dirigés par son état-. Pendant ce temps, Wellington était resté fort tranquille à Bruxelles et, le 15 au soir, il avait paru dans un bal donné en son honneur.

Contre lui, Napoléon avait chargé Ney d'occuper les Quatre-Bras, faiblement gardés, et de mettre ainsi les Anglais dans l'impossibilité de secourir les Prussiens.

L'Empereur bat les Prussiens à Ligny, mais il ne les écrase pas, comme il l'espérait après une résistance acharnée, ils font une fière retraite, sans hâte ni désordre, pour s'arrêter à quelques lieues du champ de bataille et reprendre leur mouvement vers les Anglais. L'Empereur avait compté, pour changer leur défaite en déroute, sur le corps de Drouet d'Erlon, qui devait les prendre à dos une fois de plus ses ordres avaient été mal transmis et Drouet d'Erlon avait fait la navette entre Ligny et les QuatreBras, inutile à Napoléon comme à Ney.

Aux QuatreBras, Ney s'était montré lent et indécis; il avait laissé à Wellington le temps d'accourir au secours de ses avant-postes. Néanmoins, si les Prussiens sont vivement poursuivis et maintenus loin des Anglais,, sans jonction ,possible, le plan de Napoléon peut encore réussir.

Il charge donc Grouchy de cette poursuite, mais il ne lui donne ses ordres que le 17, à onze heures et demie du matin, après avoir perdu des heures et des heures infiniment précieuses les Prussiens ont eu toute la nuit et toute la matinée pour prendre l'avance. De son côte, Grouchy, mis si tard en mouvement, hésite, tâte le terrain dans plusieurs directions et marche avec beaucoup de lenteur.

II ne sera sur les traces des Prussiens que vers le milieu de la nuit suivante, à Gembloux, tandis que déjà les Prussiens seront concentrés autour de Wavre, à portée de rejoindre les Anglais. Napoléon lui-même perd beaucoup de temps. Il voulait marcher sur lés Quatre-Bras pour réparer la faute de Ney, tomber sur les Anglais en flagrant délit de formation, les culbuter sur Bruxelles et, de là, les jeter à la mer.

Or, au lieu de se mettre en marche le 17 au point du jour, il attend midi et n'arrive aux Quatre-Bras que vers deux heures. Wellington est déjà en retraite et, bien que poursuivi très vivement, il a le temps de gagner avant la nuit le plateau de Mont-Saint-Jean, où il se retranche et attend la bataille pour le lendemain, avec l'avantage du terrain et la certitude de voir Blücher accourir de Wavre à son secours.

Dans la nuit du 17 au 18, tandis que, de MontSaint-Jean à Waterloo, les feux des bivouacs anglais embrasent le ciel, Napoléon range son armée sur le plateau de ta Belle-AHiance, sous la pluie et dans la. Au matin, le sol défoncé rend très difficiles les mouvements des troupes et de l'artillerie. Pourtant, dès neuf heures, Napoléon aurait pu engager l'action. S'il l'avait fait, il aurait battu Wellington avant l'arrivée des Prussiens.

Mais il n'est pas inquiet de ceux-ci, qu'il croit hors d'état de rentrer en ligne et contenus par Grouchy. Or, dès le point du jour, les premiers corps prussiens avaient quitté Wavre et, étaient en marche sur Mont-Saint-Jean, ne laissant derrière eux que quelques régiments, pour amuser Grouchy jusqu'à la nuit. Enfin, à midi, Napoléon engage la bataille. Il admet donc que les survenants de Chapelle-Saint-Lambert sont des Prussiens, mais il les croit peu nombreux, un simple corps qui aura filé entre les mains de Grouchy.

Pour les arrêter, il se contente de leur opposer le corps de Lobau; mais, au lieu de le jeter en avant du défilé de Lasne, ou tout au moins de faire occuper ce défilé, dans lequel une poignée d'hommes arrêterait une armée, il range Lobau en arrière de Lasne, pour l'avoir sous la main. Il ne faut plus qu'une condition pour assurer la victoire des Anglo-Prussiens, c'est que Wellington garde ses positions jusqu'à l'entrée en ligne de Blücher.

Or, sous les charges furieuses de la cavalerie française, enlevée par Ney, Wellington se cramponne au plateau de Mont-SaintJean. II s'y maintiendra jusqu'au moment où Blücher débordera la droite française. A un moment fugitif de la journée, s'il'avait fait appuyer la cavalerie de Ney par l'infanterie de la garde, Napoléon aurait pu déloger Wellington et se retourner avec toutes ses forces contre Blücher; mais il laisse passer ce moment et lorsque enfin il lance ses grenadiers contre Mont-Saint-Jean il est trop tard Blücher a rompu sa droite.

Aussitôt, Wellington passe de la défensive à l'offensive et culbute de front les Français, tandis que Blücher les enfonce de flanc. Pour les Français, c'est non seulement la défaite, mais la déroute, car ils sont épuisés par les efforts de la journée. L'armée de Napoléon, le reste de la Grande Armée, se disloque et.

Ses débris fuient vers la France dans un horrible désordre, tandis que les derniers carrés de la vieille garde couvrent le départ de l'Empereur. Lui s'arrête de temps en temps, la face livide et sillonnée de larmes, pour regarder au loin les Prussiens qui accourent et, autour de lui, ses soldats qui jettent leurs armes. Telle est la vérité sur la campagne de et. Waterlo,o, telle qu'elle résulte de l'enquête, suivie d'heure en heure et de minute en minute, sur l'Empereur, ses lieutenants et ses soldats, par l'historien des deux dernières années de l'Empire.

Henry Houssaye a donné le parfait modèle d'une méthode qui compte déjà de remarquables spécimens avec les livres de M. Arthur Chuquet sur les guerres de la Révolution et ceux du commandant Rousset et de Pierre Lehautcourt un pseudonyme d'officier sur la guei're de Civils et militaires rivalisent de patriotisme, de labeur et de scrupule pour nous offrir, complètes et salutaires, les leçons qui doivent résulter pour nous de tant de gloire et de tant de revers.

A la fin de ce siècle qui aura eu l'honneur de renouveler les études historiques par le culte de la vérité, ils appliquent aux périodes les plus décisives et les plus poignantes de notre histoire une méthode de plus en plus sévère dans ses moyens et sûre dans ses résultats. Par l'intérêt du sujet, l'impartialité des points de vue et la probité de l'exécution, les livres de M. En un temps où les dogmatismes et les partis pris se montrent de plus en plus intolérants et étroits, où la politique est si égoïste et si peu scrupuleuse, ils élèvent l'histoire très haut, dans une région sereine.

Ils ne demandent rien qu'à la venté et ne. Après la fulgurante Révolution, s'était levé l'éclatant soleil de l'Empire et, pendant. En une vaste et rapide fresque, Thiers avait peint cette épopée. Travailleur plus attentif, M. Henry Houssaye a repris, pour sa part, le dernier compartiment du tableau; il s'est attaché à l'aboutissement fatal de tant de gloire. Son livre nous apprend que le génie colossal auquel la France s'était livrée devait fatalement, après l'apothéose de Dresde, où tant de rois se pressaient humblement autour de l'Empereur, conduire notre pays à la ruine, à la perte de ses frontières naturelles et à la prise de Paris.

Il nous explique pourquoi le retour nécessaire de l'île d'Elbe devait aboutir au terme fatal de Waterloo. Il a bien servi l'histoire et son pays. Mendeissohn donnait pourtant la note. Les enfantillages de Carle et les fanfaronnades d'Horace n'étaient que des ridicules superficiels. Ces apparences revêtaient de rares natures d'artistes. Avec Joseph, leur père et grandpère, Horace et Carle formaient vraiment une noble race.

Vernet à ces apparences, un groupe d'artistes et d'hommes de lettres, présidé par le peintre Gérôme, a pris une initiative excellente en réunissant leurs oeuvres dans une exposition que le Président de la République inaugure demain à l'École des beauxarts. Il convient de les remercier, ainsi que M. Armand Dayot, qui nous donne en même temps sur les Vernet un livre plein de renseignements précis et neufs. Je souhaite que les visiteurs de l'exposition et les lecteurs du livre soient très nombreux les Vernet sont peut-être les moins bien connus des peintres français.

Au Louvre, les tableaux de Joseph sont placés de telle sorte, dans les salles du musée de marine, qu'il est impossible de les voir. Il n'y a qu'un Carle, la Chasse dans les bois de Meudon, exposé, d'après la dernière édition du catalogue, dans la sal! Pour connaître l'oeuvre d'Horace et de Carle, il faudrait aller à Versailles. Or les étrangers et les provinciaux y vont plus que les Parisiens.

Voici donc une occasion unique de voir au complet la lignée des Vernet. Les traiter légèrement serait du snobisme à rebours.

Ils se sont attachés à trois des plus beaux objets que la nature et la vie puissent offrir à l'art la mer, le cheval, le soldat. Surtout, par leurs qualités et'leurs défauts, leurs excellences et leurs insuffisances, ils sont éminemment Français. Ils représentent, avec une vérité originale, une part essentielle de notre caractère national. Tous trois ont eu de l'esprit, au sens le plus particulier et le plus général du mot.

Et, plusieurs fois, ils ont élevé l'esprit jusqu'au génie. Le plus peintre des trois fut Joseph, le peintre de marine. Certes, il resta, toujours loin des grands na turaliot,es hollandais.

Ceux-ci voyaient la mer par ses aspects tragiques. Ils observaient avec un respect mêlé de terreur la plus redoutable des forces naturelles.

Ils la représentaient grise et grondante, sous le ciel bas, lançant un assaut éternel contre la terre. Provençal d'humeur riante, Vernet ne voyait de la tristesse dans rien, même dans la tempête. Latin épris de lumière, il arrangeait volontiers en décors de théâtre les grands spectacles naturels.

Comme la 'comédie et la tragédie classiques, ses spectacles de mer, ses vues de villes et de campagne au bord de la Méditerranée sont équilibrés, et réguliers, voire 'arrangés.

Il est bien l'homme de son temps et- de son pays. Si l'art consiste à mettre de l'ordre dans la nature, Joseph Vernet fut artiste à un degré éminënt. Avec lui, la terre, l'eau et le ciel, les navires et les constructions, les personnages et les 'fabriques comme on disait au siècle dernier, s'opposent, se combinent, se font valoir, concourent à l'effet général avec une sûreté de disposition toujours personnelle, souvent unique.

H n'a pas son pareil pour régler le désordre et discipliner la violence. Voyez, par exemple, deux de ses toiles les plus célèbres, l'Orage impétueux et la Tempête. Semblables et différentes, elles disposent les éléments du spectacle avec tant de logique et de symétrie, qu'un machiniste d'opéra ou un metteur en scène de mélodrame n'auraient aucune peine à les reproduire.

Dans les scènes plus calmes, il fait respirer,la paix et la joie de vivre. Son originalité fut surtout dans l'étude de la lumière. Il l'aimait comme un Grec, vermeille, limpide etbrillante. Il la suivait dans ses jeux avec une agilité et une souplesse aisées et joyeuses comme le rayon lui-même.

Il sténographiait les aspects changeants du ciel. Il avait bien vu que les nuages en sont la vie, aussi étendait-il toujours sur l'azur les ouates légères ou. Il les faisait traverser tantôt par le rayon, tantôt par l'éclair. Malgré l'unité de ses compositions, il y a autant de spectacles dans le haut que dans le bas de ses toiles.

Le ciel est, pour lui. Les Ports de France furent pour lui ce que seront les Campagnes d'Afrique dans l'oeuvre du dernier des Vernet. Grâce à un esprit de suite qui, déjà, se faisait rare chez les peintres, il a laissé son monument. Caractère gai et léger, ami du luxe et de l'élégance, son fils Carle fut l'homme de l'observation rapide et spirituelle il tourna ses goûts en esthétique.

Écuyer passionné; il fut un peintre de. Le cheval vrai est un nouveau venu dans l'art moderne, peinture et sculpture. Depuis les divins cavaliers de Phidias, l'antiquité et la Renaissance avaient complètement dénaturé celui de tous les animaux qui est, peut-être, le plus digne de l'art. La monture de Marc-Aurèle sur la place du Capitole, à Rome, et celle du Colleone à Venise, les chevaux de Raphaël et de Jules Romain, ronds et lourds, seraient incapables de courir ou même de marcher.

L'étude sincère du cheval commence à peine avec Van der Meulen, mais ses chevaux, majestueux comtne la perruque de Louis XIV ou la phrase de Bossuet, ne sont propres qu'aux fêtes de cour et aux lentes promenades autour des places fortes. Carle, lui, peint le cheval avec amour et scrupule, surtout le cheval. Comme son père, Carle est un artiste de composition, mais il est moins coloriste.

L'élégance et l'esprit compensent l'aspect un peu terne de ses toiles. Aussi se trouve-t-il plus à l'aise dans le dessin et la lithographie appliqués à l'observation satirique et à la caricature.

C'est un petit Callot, sans la philosophie et la vigueur expressive de l'artiste ,lorrain. Il a écrit avec le pinceau et le crayon surtout avec le crayon -l'histoire des inoeurs de son temps. Par ses batailles et ses types militaires, Carle donne la main à son fils Horace.

Autant Carle aimait les chevaux et le sport, autant Horace aimait les soldats et la guerre. Le peintre de la Barrière de Clichy avait gagné sa première croix de la Légion d'honneur sur le champ de bataille qui lui fournit son premier tableau de maître. Mais, par goût dominant, il fut avant tout un peintre de soldats. II a donc représenté l'épopée de la Révolution et de l'Empire, de celui-ci surtout. Il n'est peut-être pas une victoire qui ne lui ait fourni le sujet d'une toile.

D'esprit gai et léger comme son père, mais avec un goût d'héroïsme qui manquait à Carle, il ne saurait être comparé à un Gros ou même à un Gérard, autrement sérieux et dramatiques, mais il éprouve et communique le frisson de la guerre de la guerre à la française, où la bonne humeur et l'esprit loustic dissimulent l'horreur foncière. H compose avec l'habileté qui est pour lui un héritage de famille.

II n'est guère plus coloriste que son père, et il est. S'il n'étudié guère le soldat français dans sa vérité individuelle, s'il s'en est formé un type quelque peu uniforme et conventionnel, s'il le prend surtout par le côté plaisant, il porte en lui l'âme de notre armée il ressent et communique la gaieté martiale qui flotte sur la forêt mouvante des baïonnettes et chante au front des régiments.

Cet improvisateur infatigable a su se concentrer et faire grand. Une fois au moins, après avoir conté tant d'anecdotes, il a rencontré le sublime de l'histoire.

C'est lorsqu'il a lancé les soldats d'Afrique sur la brèche de Constantine. Tant que la France aura l'âme militaire, elle se reconnaîtra dans cette colonne d'assaut, au flanc de laquelle bat et sonne la charge.

Horace Vernet a laissé là, plus que dans son immense Prise de la Smala, une grande page d'histoire. Brave et gai, Horace Vernet le fut devant la mort. L'esprit militaire, joint à l'esprit parodiste du rapin, lui permit de faire belle et souriante figure à la sombre visiteuse. Je tiens de M. Gérôme une anecdote touchante à ce sujet.

Horace était au plus mal et n'avait plus que quelques jours à vivre. Assis dans un grand fauteuil, derrière la fenêtre de l'appartement qu'il occupait au palais de l'Institut, les jambes enveloppées de couvertures, et ses mains, que glaçait déjà le froid de l'agonie prochaine, plongées dans un manchon, il regardait au loin le soleil se coucher sur les côteaux de Saint-Cloud.

Depuis les trois Vernet, l'art français a dépassé de beaucoup le point où ils l'avaient porté. Il y a, dans nos marines contemporaines, une étude plus forte ou plus fine, plus attentive et moins arrangée, de la lumière et de l'eau. De Géricault à Aimé Morot, le cheval nous a été montré dans la variété de sa construction, dans ses duférences de races et d'emploi, surtout dans la vérité hardie de ses allures.

Avec Alphonse de Neuville et Édouard Detaille, la guerre a repris la grandeur sérieuse qui est son véritable aspect, et le soldat a été étudié avec sincérité dans la différence des corps et des individus.

Joseph a vu la mer et les ports tels que les voyaient et les faisaient ses contemporains Carle a fixé, avec une vérité infiniment spirituelle, la vie élégante de son temps.

De même que Charlet et Raffet, Horace incarne l'âme militaire de la France entre la 6n de l'Empire et la conquête de l'Algérie. Esprit et bonhomie, facilité et verve, élégance mondaine et. Cette toile superbe, honneur de l'école française dans un genre où elle excelle, a son état civil, rédigé par l'historien de l'art qui a le mieux connu Ingres, M. Il importe de la transcrire ici. Le portrait de M. Bertin fut longtemps cherché, diversement conçu, essayé par Ingres sur plusieurs toiles et dans plusieurs attitudes, avant de prendre cet aspect de robuste simplicité auquel il doit sa célébrité actuelle.

Peu s'en fallut même qu'à un certain moment le peintre, mécontent des poses contraintes données jusqu'alors par son modèle, et surtout mécontent de ses propres efforts, ne renonçât à un travail qu'il n'avait entrepris d'ailleurs que pour tenir une promesse déjà à ancienne. Un incident imprévu vint tout sauver. Ingres a raconté à M. Reiset qu'au plus fort de ses hésitations et de ses inquiétudes, il se trouvait un soir dans le salon de'M.

Une discussion s'était engagée sur les affaires politiques entre le ma! Bertin les écoutait dans l'attitude et avec la physionomie d'un homme que la contradiction irrite moins encore qu'elle ne lui inspire un surcroît de confiance dans l'autorité des paroles déjà prononcées par lui ou dans l'éloquence prochaine de sa réplique.

Rien de plus naturel et de plus expressif, rien de plus conforme au caractère du personnage à représenter que cette apparence d'une force sûre d'elle-même et d'une bonhomie un peu impérieuse. Dès lors, les conditions exactes du portrait étaient trouvées. Aussi Ingres, tout heureux de cette conquête inattendue, s'empressa-t-il de la mettre à profit, et, s'adressant à M. Cette fois je vous tiens, et je ne vous lâche plus.

D'autre part, un des plus fidèles élèves d'Ingres, Amaury-Duval, qui a fait du portrait de Bertin aîné une copie excellente, complète par quelques détails intéressants l'acte de naissance dressé par M.. Bertin à Amaury-Duval, et je passais mon temps à le consoler. Des tentatives antérieures il reste deux dessins, l'un à la mine de plomb et à la pierre noire, conservé 1.

Ces deux études, entièrement différentes du tableau, offrent tout l'intérêt qui donne un si haut prix à tous les dessins d'Ingres, surtout aux portraits, mais la pose du modèle est ordinaire il est debout, le bras appuyé sur un meuble. Au contraire, le tableau n'est rien moins que la synthèse d'un caractère, d'une classe et d'un temps.

Elle égale tout ce que l'art français peut offrir de plus plein et de plus complet. Le portrait de Bertin l'aîné, peint en , a été exposé au Salon de Il est resté depuis cette date dans là famille Bertin, qui l'a cédé, l'an dernier, au musée du Louvre. Le personnage est de grandeur naturelle. Assis sur un fauteuil de bureau, il est vu jusqu'aux genoux.

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